Mempool sur les différentes blockchains : comment les transactions attendent leur confirmation

Publié le févr. 19

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Mempool sur les différentes blockchains : comment les transactions attendent leur confirmation

Quand vous envoyez une transaction sur une blockchain, elle ne part pas directement dans un bloc. Elle d’abord dans un endroit temporaire appelé mempool. C’est comme une file d’attente publique où toutes les transactions non confirmées attendent leur tour. Mais ce n’est pas la même file d’attente partout. Le mempool de Bitcoin n’a rien à voir avec celui d’Ethereum, et encore moins avec celui de Solana. Comprendre ces différences, c’est comprendre pourquoi certaines transactions mettent des heures à passer, tandis que d’autres sont traitées en quelques secondes.

Qu’est-ce qu’un mempool, vraiment ?

Le mempool, ou « memory pool », est une mémoire vive (RAM) sur chaque nœud du réseau blockchain. Il stocke toutes les transactions qui ont été envoyées mais pas encore incluses dans un bloc. Ce n’est pas un endroit centralisé. Chaque nœud - qu’il soit géré par un particulier, une entreprise ou un exchange - a son propre mempool. Et ces mempools ne sont jamais identiques. Certains contiennent plus de transactions que d’autres, selon la vitesse de connexion, la configuration du nœud, ou même la localisation géographique.

Le concept existe depuis Bitcoin en 2009, même si le terme n’était pas utilisé dans le whitepaper original. Aujourd’hui, plus de 98 % des blockchains utilisent un système similaire. Pourquoi ? Parce que c’est la seule façon de gérer des milliers de transactions simultanées sans perdre de vue l’ordre, les frais, ou la sécurité. Sans mempool, les nœuds ne pourraient pas décider quelles transactions valent la peine d’être incluses en premier. Et sans cela, le réseau s’effondrerait.

Bitcoin : la file d’attente la plus simple (et la plus rigide)

Le mempool de Bitcoin est conçu pour être minimaliste. Il fonctionne comme un classement strict : les transactions avec les frais les plus élevés en satoshi par byte passent en premier. Pas de complexité. Pas de mécanismes intelligents. Juste une course aux enchères : plus vous payez, plus vite vous êtes traité.

Un nœud Bitcoin standard a un mempool de 300 Mo. Quand il est plein, les transactions avec les frais les plus bas sont automatiquement supprimées. Et si votre transaction est coincée trop longtemps - plus de 14 jours - elle est effacée définitivement. C’est une règle stricte, mais efficace. Pendant la vague des Ordinals en février 2023, le mempool de Bitcoin a atteint 6,2 millions de transactions en attente. Les transactions avec seulement 2 satoshis/byte ont mis plus de 72 heures à être confirmées. Pourtant, les utilisateurs qui ont payé 50 satoshis/byte ou plus ont vu leurs transactions validées en moins de 30 minutes.

Le problème ? La prévisibilité. Si vous envoyez 100 satoshis/byte, vous ne savez jamais si c’est suffisant. Pendant les pics de congestion, les frais ont grimpé de 1,23 $ à 62,87 $ en seulement trois mois en 2021. Il n’y a pas de « base fee » comme sur Ethereum. Vous jouez au hasard avec le marché.

Ethereum : un système plus intelligent, mais plus compliqué

Ethereum a changé la donne en août 2021 avec EIP-1559. Le mempool n’est plus juste une file d’attente. Il a deux composantes : une base fee (fixée par l’algorithme du réseau) et une priority fee (le pourboire que vous donnez au mineur).

Cela signifie que même si le réseau est saturé, vous avez une idée précise du coût minimum pour que votre transaction passe. Le reste, vous le payez pour accélérer. C’est plus équitable. Mais ça rend aussi le système plus complexe. Et il y a un piège : les transactions doivent avoir un nonce (numéro de séquence) correct. Si vous en envoyez une avec un nonce trop bas, elle sera rejetée. Si vous en envoyez une avec un nonce trop haut, elle restera coincée jusqu’à ce que les transactions intermédiaires soient confirmées.

Le mempool d’Ethereum est plus gros - environ 500 Mo par nœud - et il traite 15 à 30 transactions par seconde en conditions normales. Mais pendant le pic du NFT en 2021, il y a eu plus de 15 millions de transactions en attente. Les frais ont explosé à plus de 240 $ par transaction. Et même avec EIP-1559, les utilisateurs de MetaMask ont dû attendre jusqu’à 72 heures pour certaines transactions.

Une autre particularité : Ethereum permet de remplacer une transaction en attente. Si vous voyez que votre transaction stagne, vous pouvez en envoyer une nouvelle avec un prix de gaz plus élevé - et la précédente sera annulée. Ce n’est pas possible sur Bitcoin. C’est un avantage… mais aussi une source de confusion pour les nouveaux utilisateurs.

Trois nœuds blockchain comparés : Bitcoin saturé, Ethereum avec frais dynamiques, Solana en panne, tous en style Memphis Design.

Solana, BNB Chain, Polygon : des approches radicalement différentes

Solana ne fonctionne pas comme les autres. Son mempool n’existe pas vraiment. À la place, il utilise un système appelé gossip-based transaction processing. Les transactions sont traitées avant même d’être regroupées en bloc. C’est ce qui lui permet d’atteindre 65 000 transactions par seconde. Mais ce système a un défaut majeur : quand il plante, tout le réseau s’arrête. En septembre 2021, une panne du « tpu » (Transaction Processing Unit) a coupé Solana pendant 17 heures. Aucun mempool, aucune file d’attente - juste un mur de verre qui s’est brisé.

BNB Chain, elle, a une politique secrète : elle favorise les transactions venant de l’exchange Binance. Selon TRM Labs, les transactions originaires de Binance sont confirmées 43 % plus vite que les autres. C’est une forme de priorisation qui soulève des questions sur la décentralisation. Pourquoi certaines transactions ont-elles un « VIP lane » ?

Polygon, en revanche, utilise le mempool d’Ethereum… mais avec des frais réduits. Une étude de ConsenSys en 2023 a montré que 68 % des transactions Polygon sont confirmées en moins de 2,3 secondes - contre 13,7 secondes sur Ethereum. C’est parce que Polygon réduit la charge sur le réseau principal, en traitant les transactions en parallèle. C’est une solution intelligente, mais elle dépend entièrement de la stabilité d’Ethereum. Si Ethereum plante, Polygon aussi.

Les défis cachés : attaques, congestion et inégalités

Le mempool n’est pas qu’un simple système de file d’attente. C’est une cible. Les attaquants inondent les mempools avec des milliers de transactions gratuites ou à très bas frais, pour ralentir le réseau. En 2022, 37 % des ralentissements sur Ethereum étaient causés par ce type d’attaque. Bitcoin a réagi en limitant la taille du mempool, et Ethereum a ajouté des « soft limits ». Ces mesures ont réduit les incidents de 62 %.

Mais le vrai problème, c’est l’inégalité. Seuls les nœuds bien équipés (avec beaucoup de RAM et une connexion rapide) peuvent garder un mempool complet. Selon des données de 2023, 41 % des nœuds Bitcoin réduisent la taille de leur mempool pendant les pics de congestion. Cela signifie que les petits utilisateurs - ceux qui ne peuvent pas payer des frais élevés - sont les premiers à être éjectés. Le mempool, censé être démocratique, devient un outil de sélection par richesse.

Et les entreprises ? Elles évitent les blockchains avec des mempools instables. Selon le Blockchain Research Institute, 63 % des entreprises hésitent à adopter la blockchain parce qu’elles ne peuvent pas prédire quand une transaction sera confirmée. Pour un paiement de salaire, un transfert de fonds ou une facturation, une incertitude de 6 heures, c’est inacceptable.

Utilisateurs ajustant des transactions avec des outils comme Speed Up et CPFP, dans une salle de contrôle aux motifs géométriques vifs.

Comment gérer son mempool ? Des astuces réelles

Si vous êtes un utilisateur classique, voici ce que vous pouvez faire :

  • Sur Bitcoin : Utilisez un estimateur de frais comme mempool.space ou Blockstream.info. Ne payez pas plus que nécessaire. Pendant les heures creuses (2h à 5h UTC), les frais sont souvent 60 % moins chers.
  • Sur Ethereum : Activez l’option « Speed Up » dans MetaMask si votre transaction stagne. Cela envoie une nouvelle transaction avec un prix de gaz plus élevé. Évitez les transactions en masse pendant les pics de NFT ou les lancements de contrats.
  • Sur Solana : Vérifiez l’état du réseau avant d’envoyer une transaction. Si le réseau est lent, attendez 15 minutes. Il n’y a pas de solution pour les transactions coincées - il faut attendre.
  • Sur tous les réseaux : Ne laissez pas vos transactions en attente trop longtemps. Si elles ne passent pas en 24 heures, annulez-les et relancez-les.

Les utilisateurs avancés utilisent des techniques comme le « child-pays-for-parent » (CPFP) sur Bitcoin : ils envoient une nouvelle transaction qui dépend de la première, et paient des frais élevés sur la nouvelle pour « tirer » la précédente. Selon une enquête de Chainalysis, 31 % des utilisateurs expérimentés utilisent cette méthode - et ils voient leurs transactions confirmées 63 % plus vite.

Que va devenir le mempool à l’avenir ?

Les développeurs savent que les mempools actuels ne peuvent pas supporter un milliard d’utilisateurs. C’est pourquoi Ethereum teste déjà des solutions comme EIP-4337, qui vise à décentraliser le traitement des transactions et à réduire le « miner extractable value » (MEV) de 68 %. Bitcoin explore aussi des améliorations comme BIP-118, qui permettrait de remplacer plus facilement les transactions coincées.

À terme, les blockchains vont probablement adopter des systèmes prédictifs. Des outils utilisent déjà l’intelligence artificielle pour estimer le moment exact où votre transaction passera. Selon Delphi Digital, 72 % des réseaux majeurs auront ce type de système d’ici 2025.

Le mempool n’est pas une fonctionnalité. C’est le cœur battant de la blockchain. Il détermine qui paie, qui attend, et qui se fait oublier. Comprendre comment il fonctionne sur chaque réseau, ce n’est pas une question technique - c’est une question de pouvoir.

Qu’est-ce qui cause la congestion du mempool ?

La congestion du mempool est causée par un nombre trop élevé de transactions envoyées en peu de temps, dépassant la capacité de traitement du réseau. Cela arrive souvent lors de pics d’activité : lancements de NFT, événements DeFi, ou fortes spéculations. Les blockchains comme Bitcoin et Ethereum ont des limites physiques (taille des blocs, temps de validation) qui empêchent de traiter plus d’un certain nombre de transactions par seconde. Quand la demande dépasse cette limite, les transactions s’accumulent dans le mempool, et seuls les plus chères passent en premier.

Pourquoi certaines transactions mettent-elles des jours à être confirmées ?

Une transaction peut mettre des jours à être confirmée si les frais payés sont trop bas par rapport à la congestion du réseau. Sur Bitcoin, une transaction à 2 satoshis/byte pendant un pic de 6 millions de transactions en attente sera ignorée pendant des jours. Sur Ethereum, si vous n’avez pas payé un prix de gaz suffisant pour dépasser la base fee, votre transaction restera coincée. Les nœuds choisissent toujours les transactions les plus rentables en premier. Si vous ne payez pas assez, vous êtes en queue de peloton.

Est-ce que je peux annuler une transaction coincée dans le mempool ?

Sur Ethereum, oui - vous pouvez envoyer une nouvelle transaction avec le même nonce mais un prix de gaz plus élevé. Cela remplace automatiquement l’ancienne. Sur Bitcoin, non, vous ne pouvez pas l’annuler directement. Mais vous pouvez utiliser la technique CPFP (child-pays-for-parent) : en envoyant une nouvelle transaction qui dépend de la première et en y ajoutant des frais élevés, vous incitez les mineurs à valider les deux. Sur Solana ou BNB Chain, vous ne pouvez rien faire - il faut attendre que le réseau se dégage.

Le mempool est-il le même sur tous les nœuds d’un réseau ?

Non. Chaque nœud a son propre mempool, et ils ne sont jamais identiques. Certains nœuds ont des limites de mémoire plus petites, d’autres filtrent les transactions à bas frais. Les nœuds des exchanges ont souvent des priorités internes. Cela signifie qu’une transaction peut être visible sur un nœud mais pas sur un autre. C’est pourquoi les explorateurs comme Etherscan ou mempool.space agrègent les données de plusieurs nœuds pour vous donner une vue plus complète.

Les blockchains enterprise (comme Hyperledger) ont-elles un mempool ?

Non, pas au sens traditionnel. Les blockchains privées ou permissionnées comme Hyperledger Fabric ou R3 Corda n’utilisent pas de mempool ouvert. Elles utilisent des mécanismes de validation centralisés ou par notaires, où les transactions sont envoyées directement à des nœuds approuvés. Cela élimine la volatilité des frais et les retards, mais au prix de la décentralisation. Ce n’est pas une blockchain publique - c’est une base de données partagée avec un système de validation différent.

1 Comments

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    Jeanette Lesbirel

    février 19, 2026 AT 18:37

    Je viens d'envoyer une tx sur Bitcoin et j'ai attendu 5h... j'ai juste envie de pleurer. 😭

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