Les flash loans sont l’un des outils les plus puissants - et les plus mal compris - de la finance décentralisée. Contrairement à tout prêt traditionnel, ils ne demandent aucune garantie. Pas de dépôt. Pas de vérification de solvabilité. Pas même de temps pour réfléchir. Vous empruntez, vous agissez, et vous remboursez - tout cela dans la même transaction blockchain, en moins de 15 secondes. Si vous ne remboursez pas, la transaction annule tout, comme si elle n’avait jamais eu lieu. C’est comme avoir un chèque en blanc d’un milliard de dollars… à condition de le remettre à zéro avant la fin du jour.
Comment fonctionnent les flash loans ?
Un flash loan n’est pas un prêt au sens classique. C’est une transaction atomique. Vous déclenchez une opération sur Ethereum, Polygon ou Avalanche, et le protocole (comme Aave ou Uniswap) vous prête instantanément des dizaines de milliers, voire des millions de dollars en DAI, USDC ou WETH. Mais vous avez exactement le temps d’une transaction blockchain pour l’utiliser et le rembourser, avec les frais. Si vous échouez - même d’un centime - la blockchain rejette toute l’opération. Votre emprunt disparaît. Vos actions aussi. Vos frais de gaz ? Vous les avez payés. Mais vous n’avez rien gagné, ni perdu d’actifs.
Les flash loans ne sont pas magiques. Ils dépendent de la liquidité disponible dans les pools de prêt. Sur Aave, vous ne pouvez emprunter que jusqu’à 80 % du montant disponible dans un pool. Si le pool contient 10 millions de DAI, vous ne pouvez pas en emprunter 11 millions. Et les frais ? Généralement entre 0,09 % sur Aave et 0,3 % sur Balancer. Pour un emprunt de 1 million de dollars, cela fait entre 900 et 3 000 dollars de frais. Pas négligeable - mais souvent rentable si l’opération est bien calibrée.
Arbitrage entre plateformes
Le cas d’usage le plus courant des flash loans ? L’arbitrage. Imaginez que le WETH vaut 3 200 $ sur Uniswap et 3 220 $ sur SushiSwap. En quelques secondes, vous pouvez emprunter 1 000 WETH via un flash loan, les vendre sur SushiSwap pour 3 220 000 $, acheter 1 000 WETH sur Uniswap pour 3 200 000 $, et rembourser les 1 000 WETH + frais. Vous gagnez 20 000 $ - net - sans avoir mis un seul dollar de votre argent.
C’est ce que les traders professionnels appellent « price discrepancy arbitrage ». Et c’est exactement ce qui rend les marchés décentralisés plus efficaces. Sans flash loans, ces écarts de prix dureraient des heures, voire des jours. Avec eux, ils disparaissent en quelques blocs. Selon les données d’Aave, 52,1 % de tous les flash loans en 2023 ont été utilisés pour ce type d’arbitrage. Des utilisateurs comme u/DeFiArbMaster sur Reddit ont rapporté des gains de 8 350 $ sur une seule opération de 250 000 $, après frais et gaz.
Liquidation automatique de positions sous-collatéralisées
Un autre usage majeur : la liquidation. Dans les protocoles comme MakerDAO ou Aave, les emprunteurs doivent toujours garder une garantie supérieure à la valeur empruntée. Si le prix du BTC ou de l’ETH chute brusquement, leur ratio de garantie tombe en dessous du seuil critique. Les liquidateurs peuvent alors intervenir pour vendre leur actif et rembourser la dette.
Les flash loans permettent aux liquidateurs de le faire sans avoir d’argent propre. Ils empruntent des DAI, achètent l’actif sous-collatéralisé à un prix discount, remboursent la dette, et gardent la différence. C’est un mécanisme automatisé qui maintient la stabilité du système. En 2023, 26,1 % des flash loans ont servi à cette fonction. Sans eux, les protocoles de prêt décentralisés seraient beaucoup plus vulnérables aux chutes de prix.
Échange de tokens sans apport initial (flash swaps)
Uniswap a créé une variante appelée « flash swap ». Ici, vous n’empruntez pas pour faire un arbitrage - vous échangez directement deux tokens sans avoir besoin de les posséder au départ. Vous prenez 100 USDC et vous les échangez contre 0,5 WETH sur Uniswap. Ensuite, vous vendez le WETH sur un autre DEX pour 105 USDC, et vous remboursez les 100 USDC. Vous gagnez 5 USDC. Pas d’argent initial. Pas de risque de perte sur les actifs. Juste une transaction bien construite.
C’est particulièrement utile pour les projets qui veulent lancer un nouveau token sans avoir à financer un pool de liquidité. Ils peuvent emprunter le token pair (ex : USDC), échanger contre leur nouveau token, puis le vendre. Le pool de liquidité se crée automatiquement dans la transaction. Ce n’est pas un prêt - c’est un échange déclenché par un emprunt.
Collatéralisation croisée et rehypothécaire
Imaginons que vous avez 10 ETH en garantie sur Aave, et que vous avez emprunté 15 000 $ en DAI. Le prix de l’ETH chute. Votre ratio tombe à 140 % - trop bas. Vous ne pouvez pas emprunter plus, et vous risquez la liquidation. Mais vous n’avez pas d’argent pour remettre de la garantie.
Un flash loan peut vous sauver. Vous empruntez 20 000 $ en USDC, vous les déposez sur Aave comme garantie supplémentaire, vous remboursez votre emprunt de 15 000 $ DAI, puis vous retirez vos 10 ETH. Vous les vendez sur un autre protocole pour 20 500 $, vous remboursez les 20 000 $ USDC + frais, et vous gardez 500 $ de profit. Vous avez évité la liquidation… et vous avez gagné de l’argent. C’est de la rehypothécaire automatisée, en une seule transaction.
Les risques et les pièges
Les flash loans ne sont pas sans danger. En 2023, 21,8 % des flash loans ont été utilisés pour des attaques malveillantes. Les hackers exploitent des failles dans les contrats intelligents pour voler des fonds. Le plus célèbre ? L’attaque contre Harvest Finance en octobre 2020, qui a coûté 30 millions de dollars. Le piège ? La réentrance. Si votre contrat n’est pas bien écrit, un attaquant peut l’appeler plusieurs fois pendant la même transaction, et vider le pool.
Les frais de gaz sont aussi un piège. En avril 2024, un trader a gagné 63 $ sur une opération d’arbitrage… mais a payé 87 $ de frais de gaz. Il a perdu de l’argent. Pendant les pics de congestion sur Ethereum, les flash loans peuvent devenir inutiles - ou même coûteux.
Et puis il y a la complexité. Pour lancer un flash loan, vous devez écrire un contrat intelligent en Solidity, l’intégrer à Aave ou Uniswap, tester sur un testnet, et maîtriser les oracles de prix. La plupart des utilisateurs réussis disent avoir passé 3 à 6 mois à apprendre avant de faire une opération gagnante. Des forums comme Reddit regorgent de témoignages de gens qui ont perdu 1 200 $ en frais de gaz sans jamais réussir.
Le futur des flash loans
Les protocoles évoluent. Aave a introduit des « filtres de flash loans » en janvier 2024 : seuls les contrats approuvés peuvent lancer des emprunts. Uniswap prépare sa version 4, qui réduira les frais de gaz de 15 à 20 %. L’Union européenne les a classées comme « services d’actifs crypto » sous MiCA, ce qui signifie que les plateformes devront obtenir une licence. Aux États-Unis, la SEC a déjà sanctionné une plateforme d’arbitrage flash loan pour 2,1 millions de dollars.
Malgré cela, les volumes continuent d’augmenter. En 2023, 18,7 milliards de dollars ont été empruntés via flash loans. En 2025, Delphi Digital estime que ce chiffre atteindra 25 à 30 milliards. Et les innovations arrivent : des chercheurs du MIT travaillent sur des flash loans avec preuves à connaissance nulle - c’est-à-dire, des emprunts privés, invisibles aux surveillants. Ce sera peut-être la prochaine révolution.
Les flash loans ne sont pas pour tout le monde. Mais pour ceux qui comprennent les règles, ils sont une clé pour des opérations financières impossibles dans le monde traditionnel. Pas de banque ne vous prêtera un million sans garantie. Une blockchain, si. Et elle vous le rendra… ou vous le reprendra.
Qu’est-ce qu’un flash loan ?
Un flash loan est un prêt sans garantie qui doit être remboursé dans la même transaction blockchain. Il n’y a pas de délai : vous empruntez, vous utilisez les fonds, et vous remboursez - tout cela en moins de 15 secondes. Si vous ne remboursez pas, la transaction est annulée, comme si elle n’avait jamais eu lieu.
Quels sont les principaux protocoles qui offrent des flash loans ?
Aave est le leader avec 62,3 % du marché, suivi par Balancer (21,7 %) et Uniswap (16,0 %). Uniswap propose une version appelée « flash swap », qui permet d’échanger des tokens sans emprunter au sens strict. Tous les trois fonctionnent sur Ethereum, Polygon et Avalanche.
Quels sont les actifs les plus empruntés en flash loan ?
Les stablecoins dominent : DAI représente 38,7 % des emprunts, USDC 29,3 %, et USDT 15,2 %. Les actifs volatils comme WETH (12,1 %) et WBTC (4,7 %) sont aussi utilisés, surtout pour l’arbitrage entre DEX.
Les flash loans sont-ils illégaux ?
Non, ils ne sont pas illégaux. Mais leur usage peut l’être. L’Union européenne les classe comme un « service d’actifs crypto » sous MiCA, ce qui impose des obligations de licence. La SEC américaine a sanctionné des plateformes qui utilisaient les flash loans pour des manipulations de marché. Leur légalité dépend de l’usage : arbitrage légitime = permis ; attaque ou blanchiment = illégal.
Combien coûte un flash loan ?
Les frais de prêt varient entre 0,09 % et 0,3 % selon le protocole. Sur un emprunt de 1 million de dollars, cela fait entre 900 et 3 000 dollars. En plus, il faut ajouter les frais de gaz, qui peuvent varier de 10 à 30 dollars, mais atteindre 100 dollars ou plus pendant les pics de congestion sur Ethereum.
Qui utilise les flash loans aujourd’hui ?
Les utilisateurs principaux sont les traders professionnels et les bots automatisés. Selon Nansen, seulement 3,2 % des volumes proviennent de portefeuilles institutionnels. La majorité des utilisateurs sont des individus ou des équipes techniques qui écrivent des contrats intelligents. Les entreprises comme Goldman Sachs ont déposé des brevets pour gérer les risques, ce qui suggère un intérêt croissant du secteur traditionnel.
Franc Lautar
janvier 17, 2026 AT 13:22Je viens de tester un flash loan pour la première fois sur Aave… j’ai perdu 80$ en gaz sans même réussir à lancer la transaction. C’est comme essayer de faire du surf sur une vague de 3m avec une planche en carton.
Je vais m’acheter un café et revenir quand j’aurai compris comment ça marche.
valentin ciochir
janvier 18, 2026 AT 18:23Les flash loans, c’est la magie noire de la DeFi. Tu empruntes, tu balances, tu rembourses… et si tu rates, t’as juste perdu du temps et du gaz. Mais quand ça marche ? C’est comme gagner au loto… sans acheter de ticket.
Le truc fou, c’est que ça rend les marchés plus justes. Les gros joueurs ne peuvent plus manipuler les prix longtemps. Les bots les écrasent en 15 secondes. Et c’est beau.