Imaginez pouvoir prouver que vous avez assez d’argent pour acheter une maison sans jamais montrer votre solde bancaire. Ou que vous avez plus de 18 ans pour accéder à un service en ligne, sans révéler votre date de naissance. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la preuve à connaissance nulle - une technologie cryptographique qui change fondamentalement la façon dont la blockchain gère la confidentialité et la scalabilité.
Comment ça marche vraiment ?
La preuve à connaissance nulle (ZKP) permet à une personne de prouver qu’elle connaît une information - comme un mot de passe, un solde, ou une signature - sans jamais la révéler. C’est comme dire à un ami : "Je sais comment ouvrir cette porte", et lui montrer que vous l’ouvrez… sans lui dire où est la clé ni comment elle fonctionne.
Techniquement, cela repose sur des circuits mathématiques complexes. Deux types dominent aujourd’hui : les zk-SNARKs et les zk-STARKs. Les zk-SNARKs produisent des preuves très courtes - environ 200 octets - mais nécessitent une phase de configuration initiale dite "de confiance", ce qui peut être un point faible. Les zk-STARKs, eux, n’ont pas besoin de cette phase, ce qui les rend plus transparents et sécurisés, mais leurs preuves sont plus grosses - autour de 45 Ko. C’est un compromis entre simplicité et sécurité.
En 2024, ces technologies ne sont plus seulement dans les laboratoires. Elles fonctionnent en production sur Ethereum. Des projets comme zkSync Era, Starknet et Polygon zkEVM traitent des milliers de transactions par seconde, avec des coûts de gaz réduits jusqu’à 97 %. Ce n’est plus une expérimentation : c’est l’infrastructure de demain.
Le problème que personne ne pouvait résoudre
Les blockchains comme Ethereum ont toujours eu un problème : elles ne pouvaient pas être à la fois rapides, bon marché et privées. Si vous voulez de la confidentialité, vous perdez en vitesse. Si vous voulez de la vitesse, vous perdez en confidentialité. C’était une impasse.
Les preuves à connaissance nulle ont brisé ce carcan. Grâce aux ZK-rollups, les transactions sont regroupées, vérifiées en bloc par des preuves cryptographiques, puis enregistrées sur la blockchain principale. Le résultat ? Des débits jusqu’à 50 fois supérieurs à Ethereum, avec des frais de transaction divisés par 10 ou 100. Et la meilleure partie ? Les données restent secrètes. Personne ne voit qui a payé qui, ni combien.
Des entreprises comme BlackRock ont déjà utilisé cette technologie pour tokeniser 240 millions de dollars d’obligations du Trésor américain. Les investisseurs sont vérifiés sans que leurs identités soient exposées. HSBC a réduit de 73 % les délais de règlement pour ses échanges d’or tokenisé, en utilisant des preuves ZK pour découvrir les prix sans révéler les offres des acheteurs.
Les limites réelles - pas juste des problèmes techniques
Malgré tout ce progrès, la technologie n’est pas facile. Développer un circuit ZK, c’est comme apprendre une nouvelle langue - mais en mathématiques abstraites. Les développeurs doivent maîtriser l’arithmétique des corps finis, les courbes elliptiques, et le langage Circom. Selon des enquêtes sur GitHub, il faut entre 3 et 6 mois de formation supplémentaire pour un développeur blockchain habituel pour être efficace.
Et les erreurs sont coûteuses. Un seul bug dans un circuit peut ouvrir une faille de sécurité. Une étude de Trail of Bits en 2024 a montré que 63 % des circuits ZK audités contenaient au moins une vulnérabilité critique. Des développeurs sur Reddit ont passé plus de 100 heures à déboguer un seul circuit. Certains projets ont même échoué parce que les équipes n’ont pas compris la complexité.
En plus, le matériel est encore un frein. Générer une preuve ZK nécessite 16 à 32 Go de RAM et plusieurs cœurs de processeur. Cela rend impossible la vérification sur un smartphone aujourd’hui. Mais ça va changer.
Les innovations qui vont tout changer en 2025
La prochaine révolution ne viendra pas du logiciel, mais du hardware. NVIDIA a annoncé un coprocesseur ZK dédié, prévu pour le premier trimestre 2025. Il promet une accélération de 50 fois. Cela signifie que générer une preuve, qui prenait plusieurs minutes, prendra maintenant quelques secondes.
En parallèle, les coûts de vérification chutent. Dr. Eli Ben-Sasson, l’un des inventeurs des zk-STARKs, prédit que d’ici le deuxième trimestre 2025, le coût d’une preuve ZK tombera sous 0,001 dollar. C’est moins cher qu’un SMS. À ce rythme, des paiements automatiques privés sur Ethereum deviendront aussi courants que les virements bancaires.
Et ce n’est pas tout. Les ponts entre blockchains deviennent privés. zkBridge a lancé en juillet 2024 un protocole permettant de transférer des actifs entre Ethereum et Bitcoin… sans révéler les montants ou les adresses. Pour la première fois, la confidentialité traverse les chaînes.
En Estonie, le gouvernement a utilisé des preuves ZK pour des élections municipales en juillet 2024. Plus de 217 000 votes ont été enregistrés - tous anonymes, tous vérifiables. Aucun vote n’a été perdu. Aucune identité n’a été exposée. C’est un modèle pour la démocratie numérique.
Qui gagne ? Qui perd ?
Le marché des projets ZK a explosé : de 3,2 milliards de dollars en 2023 à plus de 21 milliards en mai 2024. Polygon zkEVM domine avec 38 % du volume de transactions, suivi de Starknet (29 %) et zkSync (22 %). 83 entreprises du Fortune 500 testent déjà cette technologie - principalement dans la finance, la santé et la logistique.
Les régulateurs suivent. L’Union européenne a reconnu les preuves ZK comme une méthode légale de confidentialité dans le cadre MiCA. Aux États-Unis, la SEC reste plus prudente : elle n’a pas encore clarifié si les transactions totalement anonymes via ZK sont autorisées. Cela crée un déséquilibre : l’Europe favorise l’innovation, les États-Unis hésitent.
Les perdants ? Les blockchains qui refusent d’adopter la ZK. Les projets basés sur des solutions de confidentialité plus anciennes - comme les signatures de groupe (Monero) ou les transactions confidentielles (Mimblewimble) - sont déjà dépassés en termes de scalabilité. Ils ne peuvent pas traiter le même volume de transactions sans sacrifier la vitesse ou la sécurité.
Que faut-il faire maintenant ?
Si vous êtes développeur : commencez petit. Ne tentez pas de construire un protocole DeFi complet en ZK du premier coup. Utilisez des modèles standardisés. Testez sur des environnements de test. Suivez les tutoriels de zkSync : ils sont parmi les plus complets du marché.
Si vous êtes investisseur : ne cherchez pas seulement les tokens ZK. Cherchez les équipes qui comprennent les limites de la technologie. Les projets qui parlent de "magie" ou de "révolution instantanée" sont souvent ceux qui ne comprennent pas la complexité. Ceux qui parlent de tests, d’audits, de débogage - ce sont les vrais pionniers.
Si vous êtes une entreprise : commencez par un cas d’usage simple. Vérifier l’âge des clients. Confirmer une qualification sans révéler les documents. Vérifier une transaction sans afficher les montants. Ce ne sont pas des projets ambitieux - mais ils sont parfaits pour apprendre.
La preuve à connaissance nulle n’est pas une mode. C’est la prochaine couche fondamentale de l’internet. Comme le SSL a rendu les transactions sécurisées dans les années 1990, les ZK rendront les transactions privées dans les années 2030. Ce n’est pas une question de "si", mais de "quand".
Et après 2027 ?
Les experts prédisent qu’en 2027, 70 % des applications blockchain utiliseront les preuves à connaissance nulle comme architecture standard. Pas comme une fonctionnalité optionnelle. Comme le fondement même.
Imaginez un avenir où :
- Votre compte bancaire est sur la blockchain, mais personne ne voit vos transactions.
- Vous votez en ligne, et votre bulletin est anonyme mais vérifiable.
- Vos données médicales sont accessibles à votre médecin - mais pas à votre assurance.
- Vos achats en crypto sont privés, mais toujours conformes à la loi.
C’est ce que la technologie ZK permet. Pas en théorie. En pratique. Déjà.
Quelle est la différence entre zk-SNARKs et zk-STARKs ?
Les zk-SNARKs produisent des preuves plus petites (environ 200 octets), ce qui les rend plus efficaces en termes de stockage et de vérification, mais elles nécessitent une phase de configuration initiale appelée "trusted setup", qui peut être un point de vulnérabilité si mal gérée. Les zk-STARKs, en revanche, n’ont pas besoin de cette phase : elles sont plus transparentes et plus sécurisées, mais leurs preuves sont plus grandes (environ 45 Ko), ce qui demande plus de bande passante. Le choix dépend de votre priorité : efficacité (zk-SNARKs) ou transparence (zk-STARKs).
Pourquoi les preuves à connaissance nulle sont-elles plus efficaces que Monero ou Mimblewimble ?
Monero utilise des signatures de groupe et Mimblewimble des transactions confidentielles, mais ces méthodes ne permettent pas de regrouper des transactions de manière efficace sur une blockchain principale. Les ZK-rollups compressent jusqu’à 90 % des données de transaction, contre 80 % pour les rollups optimistes. De plus, les preuves ZK sont vérifiées en quelques secondes, tandis que les systèmes comme Monero doivent traiter chaque transaction individuellement, ce qui ralentit le réseau. La scalabilité est le point clé : les ZK peuvent traiter des milliers de transactions par seconde, les autres non.
Est-ce que je peux utiliser la preuve à connaissance nulle sur mon téléphone en 2026 ?
Pas encore, mais ça va venir. Aujourd’hui, générer une preuve ZK nécessite un processeur puissant et 16 Go de RAM minimum - ce qui dépasse les capacités des smartphones standards. Cependant, NVIDIA a annoncé un coprocesseur ZK dédié, prévu pour le début 2025, qui accélérera les calculs de 50 fois. D’ici 2026, certains smartphones haut de gamme intégreront ces puces. Les applications comme les paiements privés ou la vérification d’identité pourront alors fonctionner directement sur appareil mobile.
Les preuves à connaissance nulle sont-elles légales ?
Cela dépend du pays. En Europe, le cadre MiCA, entré en vigueur en juillet 2024, reconnaît explicitement les preuves ZK comme une méthode légale de confidentialité, tant qu’elles permettent la traçabilité pour les autorités. Aux États-Unis, la SEC n’a pas encore donné de position claire : elle craint que les ZK ne soient utilisées pour masquer des activités illégales. Mais dans les cas d’usage légitimes - comme la vérification d’âge ou l’authentification d’investisseurs - elles sont déjà utilisées par des institutions comme BlackRock et HSBC, ce qui pousse les régulateurs à les accepter progressivement.
Quels sont les projets les plus fiables en 2026 ?
Les trois leaders sont zkSync Era, Starknet et Polygon zkEVM, qui ensemble représentent plus de 89 % du volume des transactions ZK sur Ethereum. zkSync est connu pour sa documentation complète et son écosystème de développeurs actif. Starknet se distingue par son utilisation de zk-STARKs et sa résilience face aux attaques. Polygon zkEVM est le plus intégré à l’écosystème Ethereum, ce qui le rend facile à adopter pour les projets existants. Tous trois sont auditées par des firmes comme Trail of Bits et ont des équipes de sécurité dédiées.
Thierry Behaeghel
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