Depuis octobre 2019, l’Iran est sur la liste noire de la FATF, ce qui signifie que les banques du monde entier sont obligées de traiter toute transaction liée à l’Iran avec une suspicion extrême. Pour les Iraniens, cela a eu un effet inattendu : au lieu de les couper du monde financier, cela les a poussés vers les cryptomonnaies. Aujourd’hui, plus de 18,7 millions d’Iraniens - soit près d’un adulte sur deux - utilisent les cryptos pour survivre économiquement. Ce n’est pas une mode. C’est une nécessité.
Comment la liste noire de la FATF a fermé les portes bancaires
La FATF (Financial Action Task Force) n’est pas une banque. C’est un groupe international qui décide quels pays sont trop dangereux pour faire des affaires avec le système financier mondial. L’Iran y est resté parce qu’il n’a pas mis en place les règles exigées pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Résultat ? Les banques étrangères ont coupé les liens avec les banques iraniennes. Le système SWIFT, qui permet les virements internationaux, a été bloqué. Les entreprises iraniennes ne peuvent plus payer leurs fournisseurs à l’étranger. Les familles ne peuvent plus recevoir d’argent de leurs proches à l’étranger.
En 2018, l’Iran avait encore 28 relations bancaires internationales. En 2025, il n’en reste que 3. C’est comme si tout le monde avait refusé de traiter avec vous, sauf les marchands de rue. Et c’est là que les cryptomonnaies sont entrées en jeu.
Le boom des cryptomonnaies en Iran : une fuite massive de capitaux
En 2024, les transactions de cryptomonnaie vers l’Iran ont atteint 9,2 milliards de dollars - soit 58 % de tout l’argent crypté qui a été reçu par les pays sous sanctions. C’est plus que la Russie, malgré sa taille économique bien plus grande. Pourquoi ? Parce que les Iraniens n’ont pas le choix.
Les utilisateurs convertissent leurs rials en Bitcoin (BTC), qui représente 78 % de toutes les transactions. Le reste va à Ethereum (ETH) et, dans une moindre mesure, à des cryptos comme Monero (XMR) pour plus de confidentialité. Les échanges locaux comme Nobitex et Wallex sont bloqués par le gouvernement : ils ne permettent pas les transferts à l’étranger. Alors les gens utilisent des plateformes internationales comme Binance ou Bybit. Mais là aussi, les problèmes commencent.
Les exchanges internationaux appliquent la « règle de voyage » de la FATF : ils doivent connaître l’identité de l’expéditeur et du bénéficiaire. Pour un Iraniens, ça veut dire : soit tu donnes tes papiers à une plateforme qui pourrait les transmettre à la FATF, soit tu es bloqué. Beaucoup de comptes ont été gelés. Un utilisateur de Reddit a raconté que Binance a gelé son compte de 8 200 $ après seulement trois petits virements. Selon une enquête de Nobitex, 33 % des Iraniens sur les grandes plateformes ont subi ce type de blocage.
Les solutions de fortune : P2P, décentralisé et réseaux clandestins
Pour contourner ces blocages, les Iraniens ont inventé des méthodes improvisées. Le P2P (peer-to-peer) est devenu le principal canal. Des applications comme LocalBitcoins permettent d’échanger directement avec des particuliers à l’étranger - souvent en Turquie ou aux Émirats arabes unis. Mais ça coûte cher : en moyenne, 22 % de surcoût pour chaque transaction.
Les décentralisés (DEX) comme PancakeSwap sont une autre option. Pas besoin de KYC. Mais la liquidité est faible. Les prix glissent de 15 % en moyenne à cause du manque d’acheteurs. Les transactions prennent plus de temps. Et parfois, elles échouent.
Les plus techniques utilisent des réseaux comme « HalalChain » - un système P2P local basé sur des « swaps atomiques ». Une personne en Iran envoie des BTC à un intermédiaire en Turquie, qui envoie des ETH ou des stablecoins à la personne cible. Tout cela sans passer par une banque. Un utilisateur a rapporté avoir transféré 2,3 BTC en 17 minutes. Mais ces systèmes ne sont pas sûrs : 37 % des utilisateurs ont été piratés en utilisant des outils non vérifiés trouvés sur GitHub.
Le piège de la surveillance : entre la FATF et le gouvernement iranien
Les Iraniens sont pris entre deux feux. D’un côté, la FATF veut les surveiller. De l’autre, le gouvernement iranien les espionne aussi. Pour avoir accès à Internet, il faut s’enregistrer avec sa carte SIM. Tous les appels, messages et transactions sont suivis. Les applications comme Soroush+ - conçues pour contourner la censure - sont bloquées 41 % du temps.
Les portefeuilles mobiles comme Trust Wallet et Exodus sont les plus utilisés - parce qu’ils sont faciles à cacher. La plupart des transactions sont inférieures à 1 500 $, pour éviter les seuils de détection. En 2023, la moyenne était de 2 500 $. En 2025, elle est tombée à 900 $. C’est la preuve que les gens sont devenus plus prudents.
Et pourtant, les autorités iraniennes n’interdisent pas les cryptos. Elles les tolèrent - parce qu’elles permettent de faire entrer des devises étrangères. En 2024, 61 % des transactions de crypto en Iran ont servi à payer des importations interdites : médicaments, pièces détachées, équipements médicaux. Le gouvernement ferme les yeux. Il n’a pas d’autre choix.
Les stablecoins « halal » : une solution locale, mais isolée
En août 2025, la Banque centrale iranienne a lancé un stablecoin appelé HSC (Halal Stablecoin), relié à l’or. Il a attiré 4,2 millions d’utilisateurs et a traité 280 millions de dollars en un mois. Mais il ne sert à rien à l’étranger. Il n’est pas connecté aux réseaux internationaux. Il ne peut pas être échangé contre des dollars ou des euros. C’est un système fermé - utile pour les achats locaux, mais inutile pour contourner les sanctions.
Les experts comme Dr. Emad Kiyaei disent que la liste noire de la FATF a échoué. Au lieu de réduire les risques, elle a poussé l’Iran vers une économie souterraine plus dangereuse. « La liste noire a transformé les cryptomonnaies en infrastructure financière nationale », écrit-il. Et si la FATF ne change pas de cap avant le deuxième trimestre 2026, il prévoit un effondrement du système.
Le futur : une économie parallèle qui résiste
Les Iraniens ne veulent pas de révolution. Ils veulent juste acheter du pain, payer leurs factures et envoyer de l’argent à leur famille. Les cryptomonnaies leur offrent ça - même si c’est risqué, lent et cher.
Les échanges locaux ont des chats en persan avec des réponses qui prennent 14 heures. Les utilisateurs apprennent à gérer leurs clés privées en 72 heures, souvent avec l’aide de leurs enfants. Les forums Telegram comme @IranCryptoAlert publient des mises à jour quotidiennes : « Binance est down », « Bybit bloque les IP iraniennes », « LocalBitcoins fonctionne ce soir ».
Et pourtant, 82 % des utilisateurs interrogés disent : « C’est la seule option viable. »
La FATF pense qu’elle protège le système financier mondial. Mais en Iran, elle a créé un système parallèle qui fonctionne - et qui grandit chaque jour. Sans banques. Sans gouvernement. Juste des gens, des téléphones et des clés cryptées.
Pourquoi les Iraniens utilisent-ils autant les cryptomonnaies ?
Les Iraniens utilisent les cryptomonnaies parce que les banques internationales ont coupé tout accès au système financier classique. Sans SWIFT, sans virements internationaux, sans accès aux devises étrangères, les cryptos sont devenues la seule façon de payer des importations essentielles, recevoir de l’argent de l’étranger ou sauvegarder leur épargne contre l’inflation. En 2025, près de 42 % de la population adulte iranienne utilise les cryptos pour ces raisons.
Les cryptomonnaies permettent-elles vraiment d’éviter les sanctions ?
Elles ne les évitent pas - elles les contournent. La FATF et les États-Unis interdisent les transactions avec l’Iran. Mais les cryptomonnaies fonctionnent sur des réseaux décentralisés. Personne ne peut les arrêter complètement. Les Iraniens utilisent des méthodes comme les échanges P2P, les swaps atomiques et les portefeuilles non-custodiaux pour transférer de l’argent sans passer par des institutions contrôlées. Cela ne rend pas les transactions légales, mais cela les rend possibles.
Pourquoi Binance et d’autres plateformes bloquent-elles les comptes iraniens ?
Parce que la FATF oblige les entreprises financières mondiales à appliquer des contrôles stricts sur les transactions avec des pays sous sanctions. Si Binance ne bloque pas les comptes iraniens, elle risque de se voir imposer des amendes massives, voire d’être exclue du système bancaire international. Même si les utilisateurs iraniens ne font rien d’illégal, les plateformes préfèrent bloquer tout le monde plutôt que de risquer leur existence.
Quel est le rôle du Bitcoin dans cette situation ?
Le Bitcoin est le principal outil parce qu’il est le plus reconnu, le plus liquide et le plus difficile à censurer. 78 % de toutes les transactions en Iran en 2024 étaient en BTC. Contrairement aux monnaies traditionnelles, le Bitcoin ne nécessite pas d’intermédiaire bancaire. Une fois envoyé, il ne peut pas être annulé. Cela en fait la seule monnaie qui permet aux Iraniens de garder un contrôle réel sur leur argent.
Les stablecoins iraniens comme le HSC peuvent-ils remplacer les cryptos internationales ?
Non. Le HSC (Halal Stablecoin) est un projet national, lié à l’or et utilisé uniquement à l’intérieur du pays. Il n’est pas connecté aux réseaux mondiaux comme Ethereum ou Bitcoin. Il ne peut pas être échangé contre des dollars, des euros ou des cryptos internationales. Il sert à stabiliser l’économie locale, mais ne résout pas le problème central : l’isolement financier de l’Iran vis-à-vis du reste du monde.
Quels sont les risques pour les utilisateurs iraniens de cryptomonnaies ?
Les risques sont multiples : les comptes sur les exchanges internationaux peuvent être gelés sans préavis, les réseaux P2P peuvent être des arnaques, les outils de contournement de la censure peuvent être piratés, et les autorités iraniennes peuvent surveiller les transactions. De plus, les frais sont élevés, les transactions lentes, et les pertes de clés privées sont fréquentes. Mais pour beaucoup, le risque de ne rien faire est encore plus grand.