Au Venezuela, miner des crypto-monnaies n’est pas simplement une question de matériel et d’électricité. C’est un processus encadré par un système d’État qui contrôle chaque étape, chaque dollar, chaque watt. Si vous pensez que le minage est un domaine décentralisé, libre et sans autorité centrale, le Venezuela vous montre le contraire. Ici, l’État est le seul maître du jeu. Et il ne laisse aucune place à l’improvisation.
Le système de licence obligatoire
Tout mineur, qu’il soit individuel ou entreprise, doit obtenir une licence officielle délivrée par la SUNACRIP (Superintendance Nationale des Actifs Crypto et Activités Connexes). Ce n’est pas une simple déclaration. C’est une demande formelle, avec des documents détaillés, des plans techniques, et des projections financières. L’application prend entre 3 et 6 mois. Pas une semaine. Pas un mois. Plus d’un trimestre. Et même après avoir payé les frais, vous n’êtes pas encore légal.
Ensuite, vous devez vous inscrire au Registre Intégré des Mineurs (RIM). Sans cette inscription, votre machine à miner est illégale. Même si vous avez acheté des ASICs aux États-Unis, même si vous avez une connexion électrique stable, même si vous avez un bon refroidissement - sans RIM, vous êtes hors la loi.
Le Pool National de Minage : un contrôle total
La partie la plus controversée du système ? Le Pool National de Minage Numérique. Tous les mineurs légaux doivent y participer. Pas de choix. Pas d’alternative. Vous ne pouvez pas miner sur NiceHash, sur Ethermine, ou sur un pool privé. Vous devez connecter votre matériel à un système contrôlé par l’État.
Ce système permet au gouvernement de :
- Surveiller chaque hash produit par chaque machine
- Calculer votre part exacte des récompenses
- Retenir une partie de vos gains pour les impôts
- Et surtout : bloquer vos paiements à tout moment, sans explication
Des mineurs rapportent des délais de paiement de plusieurs mois. Parfois, les fonds sont gelés sans raison claire. Il n’y a pas de tribunal pour contester cela. SUNACRIP décide. Et vous ne pouvez pas faire grand-chose.
Les équipements : importation sous surveillance
Vous ne pouvez pas simplement commander des cartes graphiques ou des ASICs sur Amazon et les faire entrer au Venezuela. Toute importation de matériel de minage doit être approuvée par les autorités. Les entreprises qui vendent ou importent ce matériel doivent elles-mêmes obtenir une licence spéciale. Les douanes vérifient chaque conteneur. Les frais peuvent changer d’un jour à l’autre. Certains mineurs disent avoir payé 300 % de plus que le prix annoncé à cause de « frais administratifs ».
Et si vous essayez d’importer du matériel sans autorisation ? Vos équipements seront confisqués. Et vous risquez une poursuite pénale.
Les impôts : un mélange complexe et changeant
Le Venezuela ne taxe pas les crypto-monnaies comme une monnaie. Il les traite comme des actifs. Cela signifie :
- Impôt sur le revenu (ISLR) : vous payez sur les profits de vos ventes de BTC, ETH, ou autres. Même si vous n’avez pas converti en bolivars, même si vous avez gardé vos crypto, l’État veut une part.
- Taxe sur les grandes transactions financières (IGTF) : jusqu’à 20 % sur toute transaction en crypto, sauf si vous utilisez le Petro (la monnaie d’État qui ne fonctionne presque pas).
- TVA : 16 % sur les frais d’échange, mais pas sur les transferts de crypto eux-mêmes.
Le SENIAT - l’administration fiscale - utilise des données KYC des échanges et des outils de traçage blockchain pour identifier les mineurs non déclarés. Et ils préparent une campagne de vérification massive pour 2025. Les mineurs qui ne déclarent pas risquent des amendes, des saisies, et même des poursuites.
Les documents : 10 ans de traçabilité
Vous devez conserver tous les documents liés à votre activité de minage pendant 10 ans. Cela inclut :
- Les factures d’achat du matériel
- Les relevés de consommation électrique
- Les rapports de minage du Pool National
- Les preuves de paiement des impôts
- Les contrats avec les fournisseurs
Un mineur à Caracas a raconté qu’il a dû embaucher un comptable à temps plein juste pour gérer ces dossiers. Pour un petit mineur avec trois ASICs, c’est une charge énorme. Il n’y a pas de logiciel simple. Pas d’application officielle. Tout est manuel. Tout est en papier. Et tout doit être archivé pendant une décennie.
Instabilité et incertitude
Le système n’est pas stable. Il a été suspendu en mars 2023 à cause d’un scandale de corruption impliquant plus de 3 millions de dollars détournés. SUNACRIP a cessé de fonctionner. Les licences n’étaient plus délivrées. Les paiements du Pool National ont été bloqués pendant des mois.
En mars 2024, le gouvernement a annoncé une réorganisation. Une nouvelle entité, CAVEMCRIP, a été créée pour impliquer le secteur privé. Mais personne ne sait encore comment elle fonctionne. Les mineurs attendent. Les entreprises internationales hésitent. Les investisseurs fuient.
Le Venezuela a un potentiel énorme : de l’électricité bon marché, une population en quête d’alternatives à l’hyperinflation. Mais le système de minage légal est devenu un piège. Il ne protège pas les mineurs. Il les contrôle. Il les surveille. Il les taxe. Et il peut les arrêter à tout moment.
Les conséquences réelles pour les mineurs
Les mineurs locaux ne sont pas des milliardaires. Ce sont des gens ordinaires : un professeur avec deux ASICs dans son garage, un ingénieur qui a vendu sa voiture pour acheter du matériel, une petite entreprise de télécommunications qui a essayé de diversifier.
Beaucoup ont abandonné. Ils préfèrent miner en clandestinité, sans licence, sans enregistrement. Ils paient moins d’impôts, mais ils risquent tout. Les raids de police sont fréquents. Les équipements sont confisqués. Les arrestations arrivent.
Les autres, ceux qui ont essayé de rester légaux, disent la même chose : « On nous dit que c’est pour protéger l’économie. Mais en réalité, c’est pour prendre notre argent. »
Un modèle unique - et dangereux
Le Venezuela est le seul pays au monde à exiger que tous les mineurs rejoignent un pool contrôlé par l’État. Partout ailleurs, le minage est libre. Ici, il est un service public. Et comme tout service public, il est lent, corrompu, et imprévisible.
Les experts internationaux le disent : ce système va à l’encontre de la philosophie même de la blockchain. La décentralisation, la transparence, la souveraineté financière - tout cela est sacrifié au profit du contrôle étatique.
Et avec les sanctions internationales, les enquêtes de la Cour pénale internationale, et la crise politique après les élections de juillet 2024, personne ne peut dire si ce système survivra l’année prochaine.
Peut-on miner légalement au Venezuela sans rejoindre le Pool National ?
Non. Toute activité de minage légale exige l’enregistrement dans le Registre Intégré des Mineurs (RIM) et la connexion obligatoire au Pool National de Minage Numérique. Miner hors de ce système est considéré comme illégal, avec des risques de confiscation d’équipement et de poursuites pénales.
Quels sont les principaux impôts sur le minage au Venezuela ?
Les mineurs doivent payer trois taxes principales : l’impôt sur le revenu (ISLR) sur les bénéfices, la taxe sur les grandes transactions financières (IGTF) jusqu’à 20 % sur les échanges en crypto (hors Petro), et la TVA à 16 % sur les frais d’échange. Le SENIAT applique ces impôts en traitant les crypto comme des actifs, pas comme une monnaie.
Combien de temps faut-il pour obtenir une licence de minage ?
Le processus de demande prend entre 3 et 6 mois. Il nécessite un business plan détaillé, des spécifications techniques des équipements, des preuves de capital, et l’enregistrement d’une entreprise légale au Venezuela. Les retards sont fréquents en raison de la lenteur administrative et des changements de règles.
Le gouvernement peut-il bloquer mes paiements de minage ?
Oui. Le Pool National de Minage Numérique permet au gouvernement de suspendre ou de retarder les paiements à tout moment, sans explication ni recours juridique. De nombreux mineurs rapportent des blocages de plusieurs mois, souvent sans raison claire.
Faut-il conserver des documents pendant 10 ans ?
Oui. Tous les documents liés au minage - factures d’équipement, relevés d’électricité, rapports du Pool, preuves de paiement d’impôts - doivent être conservés pendant 10 ans. Cette obligation est l’une des plus strictes au monde et représente un fardeau administratif majeur, surtout pour les petits mineurs.
Est-ce que le minage au Venezuela est encore rentable en 2026 ?
Pour la plupart, non. Les coûts cachés (frais administratifs, délais de paiement, risques de confiscation, complexité fiscale) dépassent souvent les gains. L’infrastructure électrique est instable, les équipements sont coûteux à importer, et la réglementation change sans préavis. Même avec une électricité bon marché, le risque est trop élevé pour la plupart des mineurs.
valentin ciochir
février 22, 2026 AT 15:01Le Venezuela a transformé le minage en un service public bureaucratique. C’est fou comment un concept décentralisé a été réduit à un système de licences, de registres et de paiements bloqués. Les mineurs ne sont plus des pionniers, ils sont des employés de l’État avec des ASICs.
Personne ne parle du vrai problème : ce système est conçu pour échapper aux sanctions. L’État ne veut pas que les gens gagnent de l’argent, il veut contrôler les flux de devises. Le minage, ici, c’est du blanchiment avec des ventilateurs.
Mathieu Godart
février 23, 2026 AT 16:57Je suis ingénieur et j’ai testé le système. 6 mois pour une licence ? Ça prend moins de temps pour ouvrir une boulangerie en France. Et le pool national ? C’est comme si tu devais passer par la poste pour envoyer un email. C’est du sabotage organisé. Le Venezuela n’a pas de politique crypto, il a une politique de contrôle total.
Marianne Adkins
février 23, 2026 AT 18:16Il y a quelque chose de tragique dans cette histoire. La blockchain a été conçue pour libérer les individus du contrôle centralisé. Et voilà que le Venezuela, un pays en crise, crée la forme la plus perverse de centralisation : une autorité qui te permet de miner… à condition que tu laisses ton âme à son algorithme.
On parle de souveraineté financière, mais ici, la seule souveraineté, c’est celle du ministère. Les mineurs ne sont pas des entrepreneurs. Ils sont des variables dans une équation d’État.
Julie Pritchard
février 24, 2026 AT 15:28Vous êtes naïfs si vous pensez que c’est un problème de corruption. C’est bien pire : c’est un système fonctionnel. Les gens qui disent qu’il est inefficace n’ont jamais vu comment ça marche. Le gouvernement ne veut pas que tu gagnes. Il veut que tu travailles pour lui. Chaque hash produit est une taxe payée en BTC. Et il n’y a pas de tribunal, parce que la loi, ici, c’est le décret.
Christine McConnell
février 25, 2026 AT 19:05Le modèle vénézuélien est un cas d’étude en gouvernance blockchain-as-a-service. L’intégration du RIM et du Pool National crée une chaîne de confiance verticale, où l’État devient le validateur ultime. C’est un modèle hybride entre le mining-as-a-service et le régulation centralisée. Les implications pour la conformité fiscale sont énormes : KYC on-chain, avec traçabilité obligatoire sur 10 ans. C’est la première fois qu’un État impose un audit blockchain à ses citoyens. C’est révolutionnaire… et terrifiant.
Adama keita
février 25, 2026 AT 22:33Alors là, je dis juste : bravo. Vous avez réussi à transformer Bitcoin en service public vénézuélien. C’est comme si le gouvernement avait mis un badge ‘officiel’ sur un gars qui mine dans sa cave. J’adore. J’aimerais voir la réaction d’Satoshi.
Xavier Carr
février 26, 2026 AT 16:14Vous êtes tous des rêveurs. Personne ne comprend que ce système est une excellente idée. L’État contrôle l’électricité, donc il contrôle le minage. Point. Les autres pays sont des anarchistes qui laissent les gens miner librement et se faire piquer par des escrocs. Ici, tu as un contrat, un registre, un paiement. Même si c’est lent, c’est sûr. Et si tu veux pas jouer, va miner dans ta salle de bain avec un Raspberry Pi. Personne te demande de gagner de l’argent. Juste de rester légal.
Alexis Dick
février 28, 2026 AT 06:34Le système est un désastre, mais pas pour les raisons que vous croyez. Le vrai problème, c’est que SUNACRIP n’a jamais été conçue pour être efficace, elle a été conçue pour être un outil de corruption. Les 3 millions de dollars détournés ? C’était juste le début. Les mineurs paient des frais administratifs, mais les fonctionnaires reçoivent des commissions en crypto. C’est un système de racket avec des formulaires. Et le Pool National ? C’est un backdoor pour voler les gains avant même qu’ils soient calculés. Vous pensez qu’ils bloquent les paiements par erreur ? Non. Ils les bloquent pour forcer les mineurs à payer des « frais de réactivation ».
Anne Smyers
mars 1, 2026 AT 07:38Quelle tragédie de l’humanité. Le minage, ce symbole de liberté numérique, réduit à un ballet de papiers, de tampons, et de décrets. On a transformé la cryptographie en une cérémonie de soumission. Le Venezuela ne construit pas un système de minage. Il construit un temple à la peur. Chaque ASIC, chaque watt, chaque hash… est une prière à un dieu bureaucratique qui ne répond jamais. Et les mineurs ? Ils sont les prêtres de leur propre esclavage, qui s’agenouillent devant un registre qui ne les protège pas… mais les condamne.
Nadine ElSaleh
mars 3, 2026 AT 06:47Je trouve ça incroyablement courageux de la part des mineurs vénézuéliens de continuer malgré tout. C’est un peu comme essayer de faire du vélo dans un ouragan… mais ils le font. Et ils le font avec un sens de la communauté rare. Il y a des groupes locaux qui partagent des astuces, des traductions de documents, même des solutions pour contourner les blocages. Ce n’est pas juste du minage. C’est une résistance silencieuse. Et ça mérite du respect.
Nathalie Farigu
mars 3, 2026 AT 08:01