Ethereum EIP-1559 et la destruction des frais : comment cela change l'économie de la blockchain

Publié le févr. 23

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Ethereum EIP-1559 et la destruction des frais : comment cela change l'économie de la blockchain

Avant EIP-1559, payer des frais sur Ethereum ressemblait à une enchère en temps réel. Vous deviez deviner combien les autres étaient prêts à payer pour que votre transaction soit traitée. Trop bas ? Votre transaction restait coincée. Trop haut ? Vous gaspilliez de l’ETH. Ce système chaotique a duré des années… jusqu’à ce qu’il soit remplacé par quelque chose de radicalement différent : la destruction des frais.

Comment fonctionne EIP-1559 ?

EIP-1559, mis en œuvre lors du fork de Londres en août 2021, a redessiné entièrement la manière dont les frais de transaction sont calculés sur Ethereum. Il n’y a plus un seul prix. Il y en a deux : le base fee et le priority fee.

Le base fee, c’est le cœur du système. Il est calculé automatiquement par le réseau, en fonction de la congestion. Si les blocs sont pleins, il augmente. S’ils sont vides, il baisse. Et surtout : il est détruit. Pas versé aux mineurs. Pas versé à une entreprise. Brûlé. Définitivement retiré de la circulation. C’est la première fois qu’un protocole blockchain détruit systématiquement sa propre monnaie.

Le priority fee, lui, est un petit pourboire que vous ajoutez pour encourager les validateurs à inclure votre transaction plus vite. C’est le seul morceau de vos frais qui va à quelqu’un - aux validateurs, maintenant que le minage est terminé. Vous fixez un max fee (le maximum que vous acceptez de payer) et un max priority fee (le maximum que vous donnez en pourboire). Si le base fee est de 100 gwei et que vous mettez 10 gwei de pourboire, vous payez 110 gwei au total. Mais seulement 10 gwei vont au validateur. Les 100 gwei disparaissent.

La destruction : pourquoi ça change tout

La destruction des frais n’est pas une fonctionnalité technique secondaire. C’est une révolution économique.

Avant EIP-1559, Ethereum créait de la monnaie : les récompenses de bloc (2 ETH par bloc) plus les frais de transaction faisaient entrer de l’ETH dans le système. Même si les frais étaient élevés, ils ne compensaient pas la création de nouveaux ETH. Résultat : une inflation constante.

Aujourd’hui, avec la destruction, les frais deviennent un retrait d’ETH. Quand le réseau est actif - et il l’est souvent - plus d’ETH est brûlé que créé. Depuis août 2021, plus de 2,5 millions d’ETH ont été détruits. C’est l’équivalent de 8,2 milliards de dollars en 2022. En 2023, pendant les pics d’activité DeFi, jusqu’à 1 500 ETH par jour ont été brûlés. Ce n’est pas un détail. C’est un changement de paradigme.

En 2026, Ethereum est devenu le seul grand réseau blockchain à avoir une offre monétaire potentiellement déflationnaire. Si la demande reste élevée, l’offre d’ETH diminue. Ce n’est pas une théorie. C’est un fait mesurable. Les données d’Etherscan le montrent clairement : pendant les périodes de forte utilisation, la supply d’ETH baisse mois après mois.

Bloc Ethereum moderne avec un frais de base en feu, des pièces ETH disparaissant en fumée, et un petit pourboire qui monte vers un validateur souriant.

Qui gagne ? Qui perd ?

Les utilisateurs gagnent. Les frais sont devenus prévisibles. Les portefeuilles comme MetaMask affichent maintenant un estimé fiable du base fee en temps réel. Vous ne devez plus deviner. Vous savez combien ça va coûter. Les transactions échouent 37 % moins souvent qu’avant. C’est une amélioration massive pour les débutants comme pour les développeurs.

Les validateurs, eux, ont perdu une partie de leur revenu. Avant, ils gagnaient les frais de transaction. Maintenant, ils ne touchent que les pourboires. Ce n’est pas une catastrophe - les récompenses de staking compensent largement cette perte - mais ça a changé la dynamique. Certains craignent que cela pousse les validateurs à favoriser les transactions avec de gros pourboires, créant une forme de priorisation. Mais en pratique, les pourboires restent faibles dans la majorité des cas. Le système fonctionne.

Les développeurs d’applications ont aussi gagné. Uniswap a vu une baisse de 29 % des transactions échouées à cause d’erreurs de frais. Les DApps sont devenues plus fiables. Les utilisateurs ne se plaignent plus de « gas wars ». C’est une réduction du friction dans l’expérience globale.

Les limites du système

Le système n’est pas parfait. Il a des limites.

Le base fee ne peut augmenter que de 12,5 % par bloc. C’est pour éviter les sauts brutaux. Mais pendant des pics de congestion extrême - comme lors d’un lancement de NFT massif - ce seuil peut être trop faible. Les frais peuvent monter en flèche en quelques minutes, car le réseau met du temps à ajuster. Les utilisateurs qui fixent un max fee trop bas voient leur transaction refusée, même s’ils sont prêts à payer plus.

Il y a aussi une confusion persistante. Beaucoup pensent encore que « payer plus = plus vite ». Ce n’est plus vrai. Ce qui compte, c’est le priority fee. Le base fee est une taxe universelle. Vous ne pouvez pas la contourner en payant plus. C’est un changement mental difficile à adopter.

Et puis il y a les critiques. Certains, comme les partisans d’Ethereum Classic, affirment que la destruction des frais affaiblit la sécurité du réseau en réduisant les incitations économiques pour les validateurs. Mais jusqu’à présent, le réseau a résisté. Les validateurs restent nombreux. Les récompenses de staking sont suffisantes. La sécurité n’a pas été compromise.

Paysage futuriste d'Ethereum avec des bâtiments en forme de pièces ETH en feu et une flèche indiquant 2,5 millions d'ETH détruits.

Le futur : vers un ETH rare ?

Le vrai pouvoir de EIP-1559 réside dans son potentiel à long terme. Si Ethereum continue à attirer des millions d’utilisateurs - pour les DApps, les stablecoins, les paiements, les actifs tokenisés - alors la destruction des frais va s’accentuer.

Des modèles de Delphi Digital suggèrent qu’en cas d’activité soutenue, Ethereum pourrait brûler entre 0,15 % et 0,30 % de son offre annuellement. Ce n’est pas énorme… mais c’est suffisant pour créer une pression déflationnaire durable. Et quand l’offre diminue pendant que la demande augmente, la valeur a tendance à monter.

Des réseaux comme Polygon et BNB Chain ont déjà copié le modèle. Ils ont mis en place leur propre version de « frais brûlés ». C’est un signe clair : EIP-1559 n’est plus un projet expérimental. C’est le nouveau standard.

La prochaine étape ? EIP-4844, appelé Proto-Danksharding. Il va créer des canaux séparés pour les données des rollups, avec leurs propres frais. Et ces frais-là aussi seront brûlés. Le modèle de destruction va s’étendre à toute l’écosystème Ethereum. Ce n’est plus une fonctionnalité. C’est une philosophie.

Un changement irréversible

EIP-1559 n’est pas juste une mise à jour technique. C’est une réinvention de la monnaie numérique. Il a transformé Ethereum d’un système où les frais étaient une source de revenu pour les validateurs en un système où les frais sont une force de réduction de l’offre. C’est un peu comme si la Banque Centrale Européenne décidait de détruire une partie des euros payés en taxes chaque jour.

Les utilisateurs paient moins de frais en moyenne. Les transactions échouent moins souvent. Les développeurs construisent des applications plus stables. Et l’ETH devient plus rare. Ce n’est pas une coincidence. C’est conçu.

Il y a dix ans, personne ne pensait qu’une blockchain pourrait être déflationnaire. Aujourd’hui, Ethereum le fait. Et tout ça, c’est grâce à une simple idée : brûler les frais.

Qu’est-ce que le base fee dans EIP-1559 ?

Le base fee est le prix minimum calculé automatiquement par le réseau Ethereum pour traiter une transaction. Il s’ajuste en temps réel selon la congestion : il augmente si les blocs sont pleins, diminue s’ils sont vides. Contrairement aux anciens systèmes, ce frais est entièrement détruit - il ne va à personne. C’est la pierre angulaire du mécanisme de destruction d’ETH.

Pourquoi les frais sont-ils brûlés au lieu d’aller aux validateurs ?

C’est une décision délibérée pour créer de la rareté dans l’offre d’ETH. Avant EIP-1559, les frais de transaction ajoutaient de l’ETH au système, ce qui contribuait à l’inflation. En les détruisant, Ethereum transforme les frais en un mécanisme de réduction de l’offre. Cela rend l’ETH plus rare, surtout quand le réseau est actif. Les validateurs sont toujours rémunérés via les pourboires (priority fee) et les récompenses de staking.

Est-ce que la destruction des frais fait monter le prix de l’ETH ?

Pas directement, mais oui, ça crée une pression à la hausse à long terme. Lorsque plus d’ETH est détruit que créé, l’offre diminue. Si la demande reste stable ou augmente, la rareté pousse le prix vers le haut. Depuis 2021, plus de 2,5 millions d’ETH ont été brûlés. Pendant les pics d’activité, Ethereum est devenu déflationnaire. Ce n’est pas une garantie, mais c’est un facteur économique puissant.

Les portefeuilles comme MetaMask sont-ils compatibles avec EIP-1559 ?

Oui, depuis 2021. Presque tous les portefeuilles majeurs (MetaMask, Trust Wallet, Coinbase Wallet) ont intégré le nouveau système de frais. Ils affichent automatiquement le base fee estimé, le max fee et le priority fee. Vous n’avez plus à deviner. Le logiciel gère tout pour vous. Les seuls cas où ça échoue, c’est quand un utilisateur modifie manuellement les paramètres et les fixe trop bas.

EIP-1559 a-t-il eu un impact sur la sécurité d’Ethereum ?

Non, pas négativement. Avant la mise à jour, certains craignaient que la perte des frais de transaction affaiblisse l’incitation des validateurs. Mais les récompenses de staking (environ 2 ETH par bloc) compensent largement cette perte. Le réseau reste sécurisé, avec plus de 30 millions d’ETH stakés. Les données montrent que le nombre de validateurs n’a pas diminué. Au contraire, il a augmenté depuis 2021.