Quand vous empruntez de l’argent en crypto, vous ne vous fiez pas à votre score de crédit. Vous vous fiez à vos actifs. Et pour que cela fonctionne, vous devez déposer bien plus que ce que vous empruntez. C’est ce qu’on appelle la sur-collatéralisation. C’est la colonne vertébrale de presque tous les prêts décentralisés aujourd’hui. Sans elle, le système s’effondrerait. Et pourtant, beaucoup ne comprennent pas vraiment pourquoi elle existe - ou comment elle protège tout le monde.
Comment ça marche ?
Prenons un exemple simple. Vous voulez emprunter 10 000 $ en USDC. Mais au lieu de vous donner 10 000 $ pour 10 000 $ de collatéral, la plateforme exige que vous déposiez 15 000 $ en Bitcoin. C’est une sur-collatéralisation à 150 %. Pourquoi ? Parce que le Bitcoin peut chuter de 20 % en une journée. Si vous aviez seulement collatéralisé 10 000 $, une petite baisse et vous seriez en défaut. Avec 15 000 $, même si le Bitcoin tombe à 12 000 $, vous êtes encore en sécurité. Le système vous laisse respirer.Le tout est automatisé par un smart contract est un programme auto-exécutable sur la blockchain qui déclenche des actions sans intervention humaine. Il surveille en temps réel la valeur de votre Bitcoin. Si elle tombe en dessous d’un seuil critique - disons 11 000 $ - il vend automatiquement une partie de votre collatéral pour rembourser le prêt. Pas de coup de téléphone. Pas de retard. Pas de négociation. Juste une transaction blockchain.
Pourquoi les prêteurs exigent ça
Les prêteurs traditionnels vérifient votre salaire, vos factures, votre historique de crédit. En DeFi, ils ne peuvent pas faire ça. Il n’y a pas de banque centrale. Pas de bureau de crédit. Juste des adresses publiques et des actifs volatils. La sur-collatéralisation remplace tout ça. Elle transforme la confiance en calcul. Si vous avez suffisamment de collatéral, vous pouvez emprunter - même si vous êtes inconnu, même si vous n’avez pas de passeport, même si vous vivez dans un pays sans banque.C’est aussi pourquoi les grandes plateformes comme Aave est une plateforme DeFi de prêt et d’emprunt décentralisée qui utilise des smart contracts pour gérer les collatéraux ou Compound est un protocole DeFi permettant de prêter et emprunter des actifs cryptographiques avec des taux d’intérêt variables exigent des ratios de 150 % à 200 %. Ils ne veulent pas prendre de risque. Ils veulent être sûrs que même dans un krach, ils peuvent récupérer leur argent.
Les avantages pour les emprunteurs
À première vue, ça semble injuste. Pourquoi donner 15 000 $ pour en recevoir 10 000 ? Mais les emprunteurs ont leurs raisons.- Éviter les impôts sur les gains en capital. Vendre vos Bitcoin vous oblige à payer des impôts. Les utiliser comme collatéral ? Pas de transaction, pas d’impôt.
- Profiter de la hausse future. Vous croyez que votre ETH va doubler l’année prochaine ? Vous l’empruntez pour acheter une maison ou financer un projet, et vous le récupérez plus tard, plus riche.
- Utiliser le levier. Vous avez 5 ETH. Vous les utilisez comme collatéral pour emprunter 10 000 $, puis vous les réinvestissez dans un autre actif. Si tout va bien, vous doublez votre exposition. C’est du trading avec effet de levier - sans passer par un échange centralisé.
Beaucoup d’investisseurs expérimentés utilisent cette stratégie pour maximiser leurs rendements sans vendre leurs actifs. C’est une façon intelligente de faire fructifier son portefeuille.
Les risques et les pièges
Mais ce n’est pas sans danger.Le plus grand risque ? La liquidation. Si votre collatéral chute trop vite - et que vous n’avez pas de fonds pour en ajouter - le smart contract vend tout. Même si vous pensez que le marché va remonter dans deux jours, il est trop tard. La vente est automatique. Et souvent, elle se fait à un prix inférieur au marché, car le système doit vendre vite pour couvrir le prêt.
Un autre problème : le coût d’opportunité. Vos 15 000 $ de Bitcoin sont bloqués. Vous ne pouvez pas les vendre, les transférer, les utiliser dans un autre protocole. Pendant ce temps, le marché monte. Vous avez perdu des gains potentiels. C’est un pari. Et ce pari, vous le faites sans garantie.
Enfin, il faut surveiller constamment. Pas comme une action en bourse. Pas comme un compte bancaire. Chaque jour, vous devez vérifier la valeur de votre collatéral, les taux d’intérêt, les seuils de liquidation. Si vous oubliez, vous perdez tout. C’est un travail à temps partiel - pour un emprunt.
Le rôle des stablecoins
Beaucoup de prêteurs préfèrent que les collatéraux soient en stablecoins comme USDC ou DAI. Pourquoi ? Parce qu’ils ne bougent pas. Un USDC vaut toujours environ 1 $. Cela rend la gestion plus simple. Moins de liquidations. Moins de stress.Et pourtant, les emprunteurs veulent souvent utiliser des cryptos volatiles comme ETH ou BTC comme collatéral. C’est là que la sur-collatéralisation devient cruciale. Sans ce tampon, une baisse de 15 % du BTC pourrait faire basculer un prêt en liquidation. Avec 150 % de couverture, vous avez une marge de manœuvre.
Et les prêts sans collatéral ?
On entend parfois parler de prêts « sous-collatéralisés » ou même « sans collatéral ». Ce sont des expériences en cours. Des projets comme Sismo est un protocole DeFi qui permet de prouver son identité ou sa réputation sur la blockchain sans révéler de données personnelles ou Unicly est un protocole qui permet de tokeniser des actifs numériques pour faciliter le prêt basé sur la réputation essaient de créer des systèmes de réputation sur la blockchain. Imaginez : vous avez emprunté 5 fois, vous avez toujours remboursé, vous avez une bonne histoire sur la blockchain. Peut-être que la prochaine fois, vous n’aurez pas besoin de 150 % de collatéral.Mais aujourd’hui ? Ce n’est pas encore fiable. La majorité des prêts DeFi restent sur-collatéralisés. Et ils le resteront encore longtemps. Parce que la volatilité des cryptos n’a pas disparu. Et que la confiance dans les systèmes décentralisés de crédit n’est pas encore arrivée à maturité.
Le futur : plus de flexibilité, mais pas d’abandon
Le DeFi ne veut pas rester bloqué dans un modèle où seuls les riches peuvent emprunter. Il veut ouvrir l’accès au crédit à des millions de personnes. Mais il ne veut pas sacrifier la sécurité.Les solutions émergent : des algorithmes qui analysent vos transactions passées, des preuves de revenus surchaînées, des systèmes de notation décentralisés. Peut-être qu’un jour, vous pourrez emprunter 10 000 $ avec seulement 11 000 $ de collatéral - ou même moins. Mais même là, il y aura une couverture. Peut-être de 105 %. Pas de 100 %. Parce que la volatilité, elle, ne disparaît pas.
La sur-collatéralisation n’est pas un défaut. C’est une caractéristique. Elle est là pour compenser l’absence de banques. Elle est là pour protéger ceux qui ne peuvent pas vérifier votre solvabilité. Et elle reste la meilleure façon que nous ayons aujourd’hui de rendre le prêt décentralisé sûr, transparent, et accessible à tous - même sans identité.
Qu’est-ce qu’un ratio de sur-collatéralisation de 150 % ?
Un ratio de 150 % signifie que pour emprunter 10 000 $, vous devez déposer 15 000 $ en collatéral. L’excédent de 5 000 $ sert de couverture contre les baisses de prix. Si la valeur de votre collatéral tombe en dessous de 11 000 $, le prêt peut être liquidé automatiquement.
Pourquoi les prêts crypto sont-ils toujours sur-collatéralisés alors que les prêts bancaires ne le sont pas ?
Les banques utilisent votre historique de crédit, vos revenus et vos actifs physiques pour évaluer votre solvabilité. En DeFi, il n’y a pas de système centralisé pour vérifier cela. La seule chose sûre, c’est ce que vous avez déjà dans votre portefeuille. La sur-collatéralisation remplace donc la vérification de crédit par une couverture physique et immédiate.
Que se passe-t-il si mon collatéral chute trop vite ?
Votre prêt est liquidé automatiquement. Le smart contract vend une partie de votre collatéral pour rembourser le prêt, les intérêts et les frais. Vous perdez le surplus - mais vous ne devez rien de plus. C’est un système sans recours : vous ne pouvez pas être poursuivi en justice. Vous perdez vos actifs, mais pas votre liberté.
Puis-je utiliser des stablecoins comme collatéral ?
Oui, mais c’est rare. Les stablecoins comme USDC ou DAI sont très stables, donc les prêteurs acceptent souvent des ratios plus bas - parfois 105 %. Mais la plupart des emprunteurs préfèrent utiliser des cryptos volatiles comme BTC ou ETH pour profiter de leur potentiel de hausse. C’est pourquoi la sur-collatéralisation est encore nécessaire même avec des stablecoins.
La sur-collatéralisation limite-t-elle l’accès au crédit ?
Oui. Seuls ceux qui possèdent déjà des actifs crypto peuvent emprunter. Ce n’est pas un système inclusif par nature. Mais les projets en cours cherchent à remplacer la collatéralisation par des preuves de réputation ou de revenu sur la blockchain - ce qui pourrait un jour permettre à des personnes sans actifs de prêter, tout en gardant la sécurité du système.