15,8 milliards de dollars en transactions crypto liées à des entités sanctionnées en 2024

Publié le janv. 14

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15,8 milliards de dollars en transactions crypto liées à des entités sanctionnées en 2024

En 2024, plus de 15,8 milliards de dollars en cryptomonnaies ont été transférés vers des entités et juridictions sanctionnées par les États-Unis. Ce chiffre, issu des analyses de Chainalysis, représente près de 39 % de l’ensemble des transactions illégales sur la blockchain cette année-là. Ce n’est pas une simple hausse : c’est un signal d’alarme. Les sanctions financières, autrefois ciblées sur les banques et les comptes traditionnels, ont migré en ligne - et les cryptomonnaies sont devenues le canal privilégié pour contourner les restrictions.

Le poids écrasant du Bitcoin et la concentration sur quelques plateformes

Le Bitcoin a dominé ces transactions, avec 68 % du total. Pourquoi ? Parce qu’il est le plus ancien, le plus liquide, et le plus difficile à tracer en détail. L’Ethereum a représenté 20 %, et les stablecoins comme le Tether (USDT) ont absorbé les 12 % restants. Ce sont ces derniers qui permettent de garder une valeur stable tout en évitant les contrôles bancaires.

Mais ce n’est pas n’importe quelle plateforme qui a servi de porte d’entrée. Deux échanges - Garantex et Nobitex - ont reçu plus de 85 % de toutes les cryptomonnaies destinées aux entités sanctionnées. Garantex, en particulier, a été directement sanctionné par le Trésor américain pour avoir traité des fonds provenant de rançongiciels russes comme Conti, Black Basta et LockBit. Des milliers de transactions ont été reliées à ce seul échange, dont une de plus de 2 millions de dollars en Bitcoin convertis en USDT par une lavandière de fonds désignée, Ekaterina Zhdanova.

Les ponts cross-chain : la faille technique des sanctions

Les sanctions ne fonctionnent que si on peut bloquer les flux. Mais en 2024, 19 % des transactions liées à des entités sanctionnées ont utilisé des ponts cross-chain pour passer d’un réseau à un autre - par exemple, de l’Ethereum à la chaîne Binance Smart Chain, ou de Polygon à Solana. Ces ponts sont conçus pour permettre des transferts rapides entre blockchains, mais ils n’ont pas de contrôle centralisé. Pas de KYC. Pas de vérification d’identité. Juste du code. Et c’est là que les sanctions se brisent.

Les analystes ont vu des adresses de portefeuilles sanctionnées utiliser plusieurs chaînes à la fois. Un fonds peut entrer sur Ethereum, être converti en stablecoin, puis transféré via un pont vers une chaîne moins surveillée, avant d’être déposé sur un échange non régulé. Le tout en moins de 10 minutes. Les agences comme l’OFAC n’ont pas encore les outils pour bloquer ces flux en temps réel.

Les DeFi : le nouveau terrain de jeu des sanctions

En 2024, un tiers de toutes les cryptomonnaies illégales ont transité par des protocoles DeFi. Pas d’intermédiaire. Pas de serveur central. Pas de personne à sanctionner. Juste des contrats intelligents qui exécutent des transactions selon des règles prédéfinies. L’OFAC a identifié 150 pools de liquidité DeFi qui facilitaient des échanges avec des entités sanctionnées. Mais sanctionner un contrat ? C’est comme sanctionner une formule mathématique.

Les fonds provenant de rançongiciels russes, de marchés sombres ou de fuites de capitaux iraniens ont été mélangés dans ces pools, puis redistribués sous forme de tokens dérivés. Les utilisateurs ordinaires ne savent même pas qu’ils participent à un réseau de blanchiment. Le système est conçu pour être opaque - et c’est exactement ce que les sanctions cherchent à arrêter.

Vortex DeFi avec des contrats intelligents et des figures tentant de bloquer les flux, en style Memphis vif et abstrait.

Les pays cibles : l’Iran et la Russie en tête

Plus de 60 % de la valeur totale des transactions sanctionnées en 2024 est venue de juridictions entières - pas d’individus, mais des pays. L’Iran a été le principal moteur de cette tendance. Avec les sanctions bancaires internationales, les Iraniens ont massivement migré vers les échanges locaux comme Nobitex et Saramin. Les transactions ont augmenté de 45 % en un an. Ce n’est pas du commerce : c’est une fuite de capitaux, une manière de préserver la richesse nationale en dehors du système financier occidental.

La Russie reste un acteur majeur. Près de 800 millions de dollars en paiements de rançongiciels ont été envoyés à des portefeuilles sanctionnés. Les groupes comme Ryuk et Phoenix Cryptolocker ont ciblé des hôpitaux, des universités et des entreprises en Europe et aux États-Unis. Les fonds étaient ensuite transférés via Garantex, convertis en USDT, puis répartis sur des wallets dispersés.

Les marchés sombres ont aussi contribué : 1,1 milliard de dollars en transactions liées à des entités sanctionnées ont été enregistrées, principalement sur des plateformes basées en Russie. Ce n’est plus du darknet : c’est une industrie organisée, avec des équipes de développement, des services client et des systèmes de paiement automatisés.

Les chiffres en désaccord : pourquoi les estimations varient tant

Chainalysis parle de 15,8 milliards. TRM Labs, de 14,8 milliards. CoinLaw.io, de seulement 2,7 milliards. Pourquoi autant de différences ? Parce que chaque entreprise utilise des méthodes différentes pour identifier les adresses sanctionnées.

Chainalysis suit les flux depuis les premiers portefeuilles connus et étend sa cartographie par corrélation. TRM Labs se concentre sur les transactions avec des comportements suspects : grandes sommes, transferts rapides, utilisation de mixeurs. CoinLaw.io, en revanche, ne considère que les adresses explicitement listées par l’OFAC - et ignore les portefeuilles indirectement liés.

Ce n’est pas une erreur. C’est une réalité : il n’existe pas de méthode universelle. Et cela rend les politiques publiques plus difficiles. Comment sanctionner un réseau si on ne sait pas exactement où il se trouve ?

Carte mondiale de transactions cryptos sanctionnées avec des flèches rouges et des outils de traçage inutiles, style Memphis.

La course technologique : qui gagnera ?

L’OFAC a désigné 13 adresses crypto en 2024 - le deuxième plus haut chiffre depuis sept ans. Mais les outils de traçage ont aussi progressé. L’IA permet maintenant de détecter des motifs de blanchiment à travers des milliards de transactions. Les algorithmes identifient les chaînes de transfert, les points de sortie, les échanges complices.

Pourtant, la croissance du volume total des transactions crypto a atteint 10,6 billions de dollars en 2024, soit une hausse de 56 % par rapport à 2023. C’est comme essayer de bloquer un fleuve avec un seau. Chaque fois qu’un canal est fermé, un autre s’ouvre. Les nouveaux protocoles de confidentialité, les monnaies privées comme Monero ou Zcash, les nouveaux ponts cross-chain - tout cela est en développement.

La réponse des gouvernements ? Une coopération internationale accrue. L’UE, les États-Unis, le Royaume-Uni et Singapour ont lancé des initiatives conjointes pour partager les données de blockchain. Mais les pays comme la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord ne participent pas. Ils construisent leur propre écosystème cryptographique, hors du contrôle occidental.

Les fraudes en baisse, mais les sanctions en hausse

Les arnaques, elles, ont reculé : les escroqueries de type "pig butchering" ont chuté de 58 % en 2024. Les fraudes classiques ont perdu 40 % de leur volume. Pourquoi ? Parce que les victimes sont devenues plus prudentes. Et parce que les plateformes ont amélioré leurs alertes.

Mais les sanctions ? Elles ont gagné en intensité. Les fonds liés aux États sanctionnés ne sont plus une exception : c’est la norme. Et ils ne viennent plus de petits acteurs isolés. Ils viennent de systèmes entiers - des échanges, des infrastructures, des réseaux nationaux.

Que faire maintenant ?

Les particuliers n’ont pas à s’inquiéter - tant qu’ils n’envoient pas d’argent vers des portefeuilles connus comme ceux de Garantex ou des adresses listées par l’OFAC. Mais les entreprises qui traitent des cryptomonnaies doivent agir. Le simple fait de ne pas vérifier les adresses de destination peut les rendre complices de violations de sanctions.

Les plateformes doivent intégrer des outils de screening en temps réel. Les banques doivent exiger des preuves de provenance des fonds. Les investisseurs doivent demander : "Où va cet argent ?"

Le monde des cryptomonnaies n’est pas illégal. Mais il est devenu un outil puissant pour ceux qui veulent contourner les règles. Et ce n’est pas une question de technologie. C’est une question de volonté politique. La question n’est plus de savoir si les sanctions fonctionnent. C’est de savoir si elles peuvent encore être appliquées - dans un monde où l’argent circule sans passeport, sans frontières, et sans autorité.

Pourquoi 15,8 milliards de dollars en transactions crypto sanctionnées en 2024 sont-ils un problème majeur ?

Ces 15,8 milliards représentent la plus grande part des transactions illégales sur la blockchain en 2024. Ils financent des régimes sanctionnés, des rançongiciels, et des réseaux criminels organisés. Contrairement aux transferts bancaires, ces flux sont difficiles à bloquer, ce qui affaiblit l’efficacité des sanctions internationales.

Quels sont les principaux acteurs derrière ces transactions ?

Les principaux acteurs sont les échanges non régulés comme Garantex et Nobitex, les ponts cross-chain, et les protocoles DeFi. Les pays cibles sont l’Iran et la Russie, avec des groupes de rançongiciels comme Conti, LockBit et Ryuk. Des individus comme Ekaterina Zhdanova, sanctionnée par l’OFAC, ont joué un rôle clé en convertissant des bitcoins en stablecoins.

Pourquoi le Bitcoin est-il si utilisé dans ces transactions ?

Le Bitcoin est le plus liquide, le plus répandu et le plus difficile à tracer précisément. Il n’existe pas de système centralisé pour le contrôler. Même si les adresses peuvent être identifiées, les fonds peuvent être mélangés ou transférés via des ponts vers d’autres réseaux, rendant leur suivi très complexe.

Les stablecoins comme le USDT sont-ils plus dangereux que les autres cryptos ?

Oui. Les stablecoins comme le USDT permettent de conserver une valeur stable tout en évitant les contrôles bancaires. Ils sont utilisés comme monnaie de transfert dans les échanges non régulés. En 2024, plus de 12 % des transactions sanctionnées étaient en USDT - ce qui en fait un outil privilégié pour le blanchiment.

Les DeFi peuvent-ils être sanctionnés comme les échanges traditionnels ?

Non, pas directement. Les protocoles DeFi n’ont pas de direction centrale, donc on ne peut pas sanctionner une entreprise ou un PDG. L’OFAC peut lister des adresses de contrats intelligents, mais les utilisateurs peuvent toujours les contourner en créant de nouveaux contrats. C’est une faille structurelle du système actuel.

Les outils de traçage sont-ils efficaces contre ces méthodes ?

Ils sont de plus en plus précis, mais ils ne peuvent pas suivre tout. Avec plus de 10 600 milliards de transactions en 2024, les analystes ne peuvent que cibler les modèles les plus suspects. De plus, les nouveaux outils de confidentialité comme les mixeurs ou les monnaies privées rendent le suivi plus difficile. La technologie suit, mais elle ne rattrape pas encore.

6 Comments

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    Jeanette Lesbirel

    janvier 14, 2026 AT 18:39
    C'est juste fou qu'on parle encore de ça. Personne ne fait rien de sérieux, et pourtant on perd du temps à débattre de chiffres qui ne changent rien.
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    andre Garcia Rubio

    janvier 15, 2026 AT 19:39
    Je vois pas pourquoi on panique comme ça la plupart du temps les gens qui utilisent la crypto c'est juste pour protéger leur argent des banques corrompues. On peut pas tout sanctionner c'est pas réaliste
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    Christophe Pan

    janvier 17, 2026 AT 05:05
    Les gars vous êtes naïfs 😒 Le système veut que vous croyiez que la crypto c'est la liberté... mais en vrai c'est juste un nouveau terrain pour les mafias et les dictateurs. L'OFAC est une blague, ils sont tous corrompus. 🤡
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    Juliette Krewer

    janvier 17, 2026 AT 08:56
    Je vous le dis depuis 2020 : la blockchain est un piège de l'élite. Les gouvernements ont créé le Bitcoin pour contrôler mieux que les banques. Regardez les ponts cross-chain... c'est du pipi de chat comparé à ce qu'ils cachent. Ils veulent que vous pensiez que c'est décentralisé. C'est une mascarade. 🕵️‍♀️
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    Sylvie Verboom

    janvier 17, 2026 AT 13:03
    Chainalysis est une entreprise privée avec des liens étroits avec la CIA. Leur chiffre de 15,8 milliards est un chiffre inventé pour justifier une régulation plus stricte. CoinLaw.io a raison : seulement 2,7 milliards sont réellement liés à des adresses sanctionnées. Le reste est de la spéculation algorithmique. Vous croyez tout ce qu'on vous dit ?
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    Thibaut Weidmann

    janvier 19, 2026 AT 11:08
    Les gens qui disent que la crypto c'est la liberté sont les mêmes qui pensent que les impôts sont un vol. La réalité c'est que les échanges comme Garantex sont des passoires. Si tu veux éviter les sanctions, tu utilises un pont cross-chain. Si tu veux éviter les ponts, tu utilises un mixeur. Si tu veux éviter les mixeurs... tu changes de crypto. Le système est conçu pour être contourné. C'est pas un problème de technologie. C'est un problème de volonté politique. Et la volonté politique, c'est ce qu'on a le moins.

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