Oversight et licence des cryptomonnaies en Indonésie : de Bappebti à l'OJK

Publié le mars 15

17 Commentaires

Oversight et licence des cryptomonnaies en Indonésie : de Bappebti à l'OJK

En Indonésie, la supervision des cryptomonnaies a connu une transformation majeure en janvier 2025. Ce n’est plus Bappebti qui contrôle les échanges de cryptos, mais l’OJK - l’Autorité des Services Financiers. Ce changement n’est pas une simple réorganisation administrative : il redéfinit complètement la nature juridique des actifs numériques dans le pays.

Qu’est-ce que Bappebti et quel rôle a-t-il joué ?

Bappebti, l’Badan Pengawas Perdagangan Berjangka Komoditi, était l’organisme chargé de surveiller les marchés de produits dérivés et les marchandises physiques. Quand les cryptomonnaies sont apparues en Indonésie, elles ont été classées comme des commodités, pas comme des actifs financiers. Cela signifiait que leur régulation ressemblait à celle du blé, du café ou du cuivre - pas à celle des actions ou des obligations.

Entre 2021 et 2025, Bappebti a établi un cadre strict. Toute crypto voulant être échangée sur un marché indonésien devait être enregistrée et approuvée par l’agence. En 2023, seulement 383 cryptos étaient autorisées. Un an plus tard, ce nombre avait grimpé à 501, incluant Bitcoin, Ethereum et Solana. Les échanges devaient respecter des règles de transparence, de sécurité et de protection des investisseurs. Bappebti a même créé ses propres infrastructures : une bourse de cryptos, un centre de compensation et un gestionnaire de stockage sécurisé - des éléments essentiels pour garantir la stabilité du marché.

Le nombre d’investisseurs a explosé : plus de 17 millions en fin 2023, et des volumes d’échanges dépassant les 300 billions de roupies indonésiennes (IDR). En 2024, ces chiffres ont doublé, atteignant plus de 650 billions de IDR. Ce succès a montré que les Indonésiens adoptaient massivement les cryptos - mais aussi que le cadre de Bappebti n’était plus adapté.

Pourquoi Bappebti a-t-il perdu le contrôle ?

La loi n°4 de 2023 sur le développement et le renforcement du secteur financier (P2SK Law) a changé la donne. Elle a transféré la supervision des actifs numériques à l’OJK, qui supervise déjà les banques, les assurances et les marchés boursiers. L’objectif ? Intégrer les cryptos dans le système financier formel, pas les traiter comme des marchandises exotiques.

Le transfert a été officialisé le 10 janvier 2025, lors d’une cérémonie à Jakarta. Les responsables de Bappebti, de la Banque d’Indonésie et de l’OJK ont signé les documents de transition. À partir de ce jour, Bappebti n’a plus aucun pouvoir sur les cryptos. Toutes les licences, enregistrements et autorisations précédemment délivrées par l’agence ont été transférées à l’OJK - sans interruption pour les entreprises existantes.

Transformation d'un marché chaotique en centre financier régulé sous la supervision de l'OJK.

Que change l’OJK ?

L’OJK ne voit pas les cryptos comme des marchandises. Elle les appelle des actifs financiers numériques. Cela signifie qu’ils sont désormais régis par les mêmes règles que les actions, les obligations ou les fonds d’investissement. Les entreprises qui offrent, échangent ou stockent des cryptos doivent maintenant respecter des normes de solvabilité, de transparence et de protection des clients - comme une banque.

L’OJK a publié sa propre réglementation en décembre 2024 : la Réglementation n°27/2024. Elle impose des exigences strictes :

  • Les plateformes d’échange doivent avoir un capital minimum et des systèmes de sécurité renforcés.
  • Les clients doivent être informés clairement des risques avant tout investissement.
  • Les transactions doivent être traçables et soumises à des contrôles anti-blanchiment.
  • Les entreprises doivent avoir un plan de gestion des risques et un service client dédié.

Contrairement à Bappebti, l’OJK peut sanctionner, suspendre ou retirer des licences. Elle peut aussi exiger des audits externes, des rapports financiers trimestriels et des audits de sécurité informatique. Ce n’est plus une supervision technique - c’est une supervision financière complète.

Qui est concerné par ce changement ?

Tous les acteurs du marché indonésien des cryptos sont touchés :

  • Les plateformes d’échange : elles doivent demander une nouvelle licence OJK ou renouveler leur ancienne autorisation Bappebti sous le nouveau cadre.
  • Les fournisseurs de portefeuilles numériques : ils doivent désormais être enregistrés comme gestionnaires d’actifs financiers numériques.
  • Les entreprises de financement décentralisé (DeFi) : elles sont désormais dans le champ de vision de l’OJK, même si leur fonctionnement est techniquement décentralisé.
  • Les investisseurs individuels : ils bénéficient de protections renforcées, mais doivent aussi faire preuve de plus de diligence.

La Banque d’Indonésie (BI) reste impliquée, mais uniquement sur les aspects de paiement : comment les roupies sont transférées pour acheter des cryptos. L’OJK s’occupe du reste : la nature des actifs, les transactions, les risques financiers.

Des investisseurs indonésiens vérifient une licence OJK tandis qu'un 'rug pull' est éliminé.

Quels sont les impacts réels sur le marché ?

Depuis la transition, les grandes plateformes indonésiennes comme Tokocrypto et Pintu ont commencé à se conformer aux nouvelles normes. Certaines ont déjà reçu leur licence OJK. D’autres sont en cours de vérification. Les petits échanges qui ne pouvaient pas assumer les coûts de conformité ont dû fermer.

Les investisseurs ont vu leurs protections renforcées. Les fraudes par « rug pull » (abandon de projet après collecte de fonds) sont désormais plus difficiles à cacher. Les audits sont obligatoires, les rapports publics sont exigés, et les plaintes peuvent être traitées par l’OJK comme un litige bancaire classique.

À l’international, ce changement attire l’attention. Les entreprises étrangères qui veulent entrer sur le marché indonésien savent maintenant qu’elles doivent passer par l’OJK - et non par un organisme de commerce de marchandises. Cela rend l’Indonésie plus attractive pour les investisseurs institutionnels.

Quel avenir pour les cryptos en Indonésie ?

L’Indonésie reste l’un des plus grands marchés de cryptos d’Asie du Sud-Est. Avec plus de 20 millions d’investisseurs en 2025, la demande ne faiblit pas. Mais la régulation a changé de cap : ce n’est plus une question de « pouvoir échanger », mais de « comment protéger le système financier ».

L’OJK travaille maintenant sur des projets de régulation pour les NFT, les stablecoins et les actifs tokenisés. L’objectif ? Créer un cadre qui permet l’innovation, mais sans risque systémique. Les technologies comme la blockchain, les contrats intelligents et les protocoles DeFi ne sont plus vues comme des menaces - mais comme des outils à encadrer.

Le passage de Bappebti à l’OJK n’est pas une fin. C’est le début d’une nouvelle ère : où les cryptos ne sont plus des produits exotiques, mais des actifs financiers à part entière - avec les droits et les devoirs qui vont avec.

Bappebti existe-t-il encore pour les cryptomonnaies ?

Non. Depuis le 10 janvier 2025, Bappebti n’a plus aucun pouvoir sur les cryptomonnaies. Toutes les responsabilités de supervision, d’autorisation et de contrôle ont été transférées à l’OJK. Bappebti continue d’exister, mais uniquement pour les marchandises physiques comme le riz, le sucre ou le caoutchouc.

Quelles cryptomonnaies sont autorisées en Indonésie aujourd’hui ?

Toutes les cryptomonnaies qui étaient autorisées sous Bappebti le sont toujours, mais elles doivent maintenant être validées par l’OJK. Actuellement, plus de 500 cryptos sont enregistrées, dont Bitcoin, Ethereum, Solana, Binance Coin et Cardano. L’OJK évalue chaque actif selon des critères de sécurité, de transparence et de liquidité - pas seulement selon sa popularité.

Puis-je encore acheter des cryptos en Indonésie ?

Oui, mais uniquement sur des plateformes agréées par l’OJK. Les sites non autorisés sont illégaux. Les investisseurs doivent vérifier que la plateforme affiche clairement sa licence OJK avant d’investir. Les plateformes populaires comme Tokocrypto, Pintu et Upbit Indonesia sont désormais réglementées.

Quelle est la différence entre une crypto classée comme « marchandise » et comme « actif financier » ?

Quand une crypto était une marchandise, elle était traitée comme un produit à échanger - comme le café ou le cuivre. Les règles étaient simples : pas de protection des investisseurs, pas de capital minimum, pas de rapports financiers. En tant qu’actif financier, elle est soumise aux mêmes règles qu’une action : transparence, audits, protection des clients, capital de sécurité, et responsabilité en cas de faillite. C’est une différence fondamentale.

Comment savoir si une plateforme de cryptos est légale en Indonésie ?

Consultez le site officiel de l’OJK (ojk.go.id) et cherchez la liste des « Pemegang Izin Aset Keuangan Digital ». Toute plateforme légale y est répertoriée. Si elle n’y figure pas, elle est illégale. De plus, les plateformes autorisées affichent leur numéro de licence et le logo de l’OJK sur leur site et leur application.

17 Comments

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    Rodrigue Perret

    mars 16, 2026 AT 16:16

    Enfin ! Les Indonésiens ont compris que les cryptos ne sont pas des sacs de riz. Bappebti, c’était le syndrome du « on va réguler le bitcoin comme du café » - ridicule. L’OJK, elle, sait que c’est de la finance, pas du marché aux puces. Les gars qui pensaient que « miner un BTC, c’est comme cultiver du cacao » vont devoir changer de mentalité. Le système financier n’est pas un marché de quartier.

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    Justine Hefferin

    mars 16, 2026 AT 23:44

    Je trouve fascinant, néanmoins, cette transition - même si elle est pragmatique - révèle une forme de colonisation conceptuelle : l’OJK, héritière des paradigmes occidentaux de la finance, impose sa grammaire sur une technologie qui, à la base, se voulait décentralisée… N’est-ce pas là une forme de contradiction épistémologique ?

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    Jacques breheret

    mars 18, 2026 AT 07:15

    C’est une bonne chose. La régulation n’est pas l’ennemie de l’innovation. C’est ce qui permet à l’innovation de durer. Quand on traite les cryptos comme du blé, on finit par avoir des pénuries, des spéculations sauvages et des gens ruinés. L’OJK, elle, traite les actifs comme des actifs. C’est logique. Simple. Et nécessaire.

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    Pascal Jauslin

    mars 19, 2026 AT 10:25

    Oh, bien sûr, passons du « marché des marchandises » à la « finance formelle »… comme si le fait de mettre un badge OJK sur un site web changeait la nature des contrats intelligents. On a remplacé un bureaucrate par un autre. Et on appelle ça « progrès » ? 🤡

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    Jules Addams

    mars 20, 2026 AT 23:44

    Ça y est ! Les gens en Indonésie ont enfin un cadre clair. Pas de flou, pas de lois du sauvage. Si tu veux trader, tu le fais proprement. Et ça, c’est du sérieux. Les investisseurs vont enfin pouvoir dormir sans craindre un rug pull. Bravo à l’OJK ! 👏

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    Pascal Resalian

    mars 22, 2026 AT 22:14

    La transition Bappebti → OJK, c’est un peu comme passer du couteau de boucher à la chirurgie laser. 🤖💎 On a pas juste changé de service, on a changé de paradigme. Les cryptos ne sont plus des « trucs qui bougent »… elles sont devenues des « actifs qui comptent ». Et ça, c’est l’histoire de la finance en 30 secondes. #BlockchainIsTheNewGold

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    Lucas ESPINAR

    mars 23, 2026 AT 20:48

    On a transformé les cryptos en produits financiers pour les protéger… mais qui protège les gens contre la finance ? L’OJK est un gendarme, pas un sauveur. Les banques aussi étaient « régulées » avant 2008. Et regarde ce qui s’est passé. Ce n’est pas une réforme, c’est un piège bien emballé.

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    Nicole Freiday

    mars 25, 2026 AT 17:07

    Je ne suis pas étonnée. Tous les gouvernements finissent par vouloir contrôler ce qu’ils ne comprennent pas. L’OJK, c’est juste le début. Dans 5 ans, ils vont exiger des certificats de moralité pour acheter du Bitcoin. Et les gens vont dire « c’est pour notre bien ». Le contrôle, c’est toujours présenté comme une protection. C’est le même discours que les régimes autoritaires.

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    James Hink

    mars 27, 2026 AT 06:59

    Je trouve ça super cool que l’Indonésie ait fait ce pas. Moi j’ai un cousin là-bas qui a perdu 2000€ sur un échange non régulé. Maintenant, il peut aller se plaindre à l’OJK. C’est un vrai progrès pour les petits investisseurs. On a besoin de ça, pas de théories abstraites.

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    Tom Smith

    mars 28, 2026 AT 00:52

    Un moment historique. Les Indonésiens ont choisi la finance traditionnelle au lieu du chaos crypto. Bravo. Et maintenant, les Américains vont vouloir copier ce modèle. L’OJK, c’est le nouveau modèle mondial. Les USA ? Ils sont encore dans les années 2015. L’Asie a avancé. Et nous ? On discute de « tokenisation » en boîte de nuit. #RealFinance #CryptoIsDead

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    gabrielle burdó

    mars 28, 2026 AT 19:16

    La réglementation de l’OJK est exemplaire. Elle respecte les normes internationales de l’IOSCO, intègre les directives du GAFI, et impose des exigences de capital conformes à Basel III. Cette transition n’est pas une simple réorganisation administrative - c’est un acte de souveraineté économique. Les plateformes non conformes doivent être immédiatement suspendues. Il n’y a pas de place pour l’informel dans un système financier moderne.

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    Agathe Paprocki

    mars 29, 2026 AT 14:13

    Je suis choquée. Vous savez que les crypto-marchés ont été créés pour échapper aux banques ? Et maintenant, on les remet dans les bras de l’État ? C’est comme si on avait inventé le vélo pour éviter les voitures… puis on a créé un permis de vélo, une assurance obligatoire, et un contrôle de vitesse à chaque carrefour. Où est la liberté ? 😭

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    Xavier Depauly

    mars 30, 2026 AT 17:54

    Oh, la belle danse des bureaucrates. Bappebti, c’était un peu le « grand-père rigolo » qui laissait tout le monde entrer. L’OJK, c’est le directeur de banque en costume trois-pièces qui te regarde comme si tu venais de voler son café. On a remplacé un système laxiste par un système qui te demande 17 formulaires pour acheter un token. Bravo. On a gagné. 🎉

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    Hubert Sauter

    avril 1, 2026 AT 06:54

    Je pense que c’est une excellente avancée. Beaucoup de gens ont perdu de l’argent parce que personne ne vérifiait les plateformes. Maintenant, il y a une autorité qui peut agir. Ce n’est pas parfait, mais c’est un pas dans la bonne direction. Et pour ceux qui disent « ça détruit la décentralisation » - je dis : la décentralisation ne doit pas signifier « sans responsabilité ».

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    Jean Marc Brissau

    avril 3, 2026 AT 06:29

    Je ne suis pas contre la régulation… mais je me demande : qui décide ce qu’est un « actif financier » ? Qui a le pouvoir de dire que Solana est légitime et qu’un autre token est « dangereux » ? Ce n’est pas la technologie qu’on régule, c’est la pensée. Et ça, ça me fait peur. L’OJK n’est pas un régulateur. C’est un censeur avec un badge.

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    lili haddad

    avril 4, 2026 AT 01:09

    Je suis contente que les gens soient protégés maintenant. J’ai vu trop de gens se faire avoir. Ce n’est pas la fin du crypto, c’est la fin du sauvage. 🙌

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    진 연강

    avril 5, 2026 AT 07:30

    Les Indonésiens ont fait le bon choix. La Chine a compris il y a longtemps : la technologie doit être encadrée, pas laissée libre. L’OJK, c’est la voie de la sagesse. L’Occident perd du temps avec ses débats philosophiques. L’Asie avance. Et nous ? On discute encore de « blockchain » comme si c’était un nouveau gadget.

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